Nous avons demandé à différentes personnalités ce qu’elles souhaitaient trouver dans leur bas de Noël cette année.

Publié le 24 déc. 2021
Françoise David Députée de Québec solidaire de 2012 à 2017, l’auteure a été présidente de la Fédération des femmes du Québec

Mon père est né un 25 décembre. C’est peut-être lui, le vrai père Noël ! Récemment, nous parlions de lui, mon fils et moi. Il m’a dit : « Je n’ai pas beaucoup connu grand-papa, mais il me paraissait être un homme bienveillant ». C’était vrai. Il était ce genre de personne qui cherche à comprendre avant de juger. Il détestait les disputes et je savais qu’il vivait mal des conflits professionnels. Il défendait ses principes – qui n’étaient pas toujours les miens –, mais sans acrimonie.

Adolescente, je le trouvais parfois trop gentil même dans l’adversité. Mais, pour la petite histoire, l’intensité de ma mère m’énervait aussi un peu. J’ai réalisé en vieillissant que j’étais le pur produit d’un mélange paternel et maternel.

Je vous parle de cela parce que ce « vieux » mot de bienveillance me paraît faire défaut dans le monde d’aujourd’hui. Bien sûr, depuis le début de la pandémie, des exemples nombreux nous réchauffent le cœur. Des soignantes et soignants admirables, un corps enseignant généreux et inventif, des personnes proches aidantes sans qui des gens âgés ou malades ne survivraient tout simplement pas, c’est le Québec que nous aimons.

Mais la pandémie a aussi mis à mal nos réserves de gentillesse, de tolérance et, parfois, d’affection (oui, oui, moi aussi !). Le confinement, les deuils, les maladies graves de nos proches nous ont atteints encore plus que d’habitude. Nous devenons irritables assez rapidement. Le conflit vaccin-pas vaccin a mis notre patience à rude épreuve.

Je nous ai vus nous épuiser à nous engueuler entre nous ou à hurler notre amertume sans discernement, surtout sur les réseaux sociaux. Nous avons parfois oublié que nous sommes liés par le besoin que nous avons des autres.

Sans le regard ami des gens qui nous entourent, sans la solidarité qui, seule, peut construire le bien commun, la justice, l’égalité, on s’en va « chez le diable » ! Après tout, les contraires de la bienveillance sont malveillance, acrimonie, méchanceté. Nous ne sommes pas immunisés contre de possibles dérives individuelles et sociales. En France, aux États-Unis, des sociétés fragmentées, polarisées à l’extrême, nous effraient par le haut niveau d’hostilité entre des personnes et des communautés. Qui veut de ça chez nous ?

Alors, j’aimerais qu’à Noël, chacune et chacun d’entre nous reçoive une potion magique de bienveillance à utiliser pour soi et pour quiconque en ressent le besoin. Pour que dans des familles éprouvées, voire divisées, on cherche comment se rapprocher et s’aimer sans jugement. Pour que des amis, voisines, collègues, que la pandémie a éloignés, se reparlent à nouveau, s’appuient mutuellement devant des changements inattendus et parfois brutaux. Pour que les « rats des villes et des champs » se parlent et se comprennent mieux. Pour que la majorité et les minorités dialoguent dans un esprit de réconciliation véritable et responsable. Pour que les décideurs politiques soient plus sensibles au sort des gens mal pris, malchanceux, mal logés. Pour que les femmes sentent une fois pour toutes que leur travail admirable dans les services publics et communautaires est reconnu à sa juste valeur. Pour que les décideurs économiques, surtout les plus gros, pensent plus loin que leurs poches pleines de millions. C’est ça aussi, la bienveillance ! Un regard généreux sur le monde et des gestes nécessaires.

Nous allons continuer de débattre, de nous chamailler. Des divergences profondes séparent des individus et des groupes sociaux. La bienveillance, donc un regard sans acrimonie ni condescendance sur l’autre, ne doit pas devenir un frein au débat et à la contestation du « désordre établi ». Des intérêts opposés s’entrechoquent, reconnaissons-le. Mais si, comme peuple, nous sommes capables d’écoute, d’empathie, de compréhension, nous pourrons peut-être trouver des voies de passage qui nous permettront d’avancer vers une société du bien commun. Personnes, familles ou communautés y gagneraient toutes. Ce serait le plus beau des cadeaux que nous pourrions nous donner.

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