Dans six mois, les Ontariens iront aux urnes pour élire leur gouvernement provincial. Le scrutin du 2 juin 2022 sera l’occasion pour le premier ministre Doug Ford de demander un deuxième mandat à l’électorat.

Publié le 8 déc. 2021

Malgré une performance gouvernementale non remarquable et que certains qualifient même de médiocre, les circonstances semblent avantager le Parti progressiste-conservateur, qui peut espérer une réélection. Toutefois, une majorité parlementaire ne lui est pas acquise.

L’histoire montre qu’au niveau provincial, les électeurs aiment élire un parti qui porte des couleurs différentes de celui qui est au pouvoir à Ottawa, question d’obtenir un équilibre idéologique dans la gouverne de la fédération.

Tendances historiques

Depuis 1987, il n’y a eu qu’un seul gouvernement ontarien de la même couleur que celui qui dirigeait au fédéral. Ce fut le cas du gouvernement libéral ontarien de Dalton McGuinty, élu en 2003 en plein règne libéral à Ottawa.

Cette anomalie peut s’expliquer par le fait que la droite était divisée à l’époque entre l’Alliance canadienne et le Parti progressiste-conservateur du Canada, permettant aux libéraux de dominer l’échiquier politique.

En se faisant réélire à Ottawa en 2021, le gouvernement libéral de Justin Trudeau a en fait bien malgré lui donné un coup de pouce à Ford.

Traditionnellement aussi, le gouvernement sortant a l’avantage dans une élection, surtout quand il brigue un deuxième mandat. Les formations politiques canadiennes gouvernent d’habitude pendant deux mandats avant de se faire montrer la porte par l’électorat.

Le gouvernement progressiste-conservateur ontarien a seulement été élu une fois sous le leadership de Ford et ne souffre pas encore de l’usure du pouvoir. Un deuxième mandat est donc possible. De plus, accaparé par la gestion de la pandémie, Ford n’a pas eu la chance de mettre en œuvre l’entièreté de son programme de 2018.

Le contexte de pandémie

La pandémie jouera également un rôle dans la réélection de Ford, mais c’est un couteau à double tranchant.

D’une part, les gouvernements qui étaient en place lors de l’arrivée de la COVID-19 au pays ont bénéficié d’une certaine popularité auprès de la population. À une exception près (le gouvernement de la Nouvelle-Écosse), ils se sont fait réélire.

Mais en même temps, il est inévitable que Ford se fasse juger sur la façon dont il a géré la crise sanitaire. Jusqu’à présent, son gouvernement a été critiqué à la fois pour les confinements prolongés et la réouverture hâtive de l’économie avant la troisième vague, ainsi que pour sa non-utilisation des tests rapides.

Beaucoup d’Ontariens ont souffert financièrement et psychologiquement de la pandémie. Néanmoins, s’il y a de bonnes chances que la pandémie soit résorbée (ou presque) en juin prochain, elle ne risque pas de constituer l’enjeu principal de l’élection.

Ce sont les conséquences secondaires de la pandémie, telle l’inflation, qui seront au cœur des préoccupations durant la campagne électorale. Les électeurs au Canada font habituellement plus confiance à des partis conservateurs pour s’occuper des questions économiques. Cela, encore une fois, pourrait avantager Ford.

La scène politique ontarienne

Les plus récents sondages confirment que Ford est en avance sur ses adversaires politiques. Il ne bénéficie toutefois pas de l’appui écrasant de 2018.

L’écart entre le Parti progressiste-conservateur et son plus grand rival, le Parti libéral, se rétrécit. Mais le nouveau chef libéral Steven Del Duca est encore méconnu des Ontariens. Il a aussi beaucoup de travail à faire pour redresser son parti puisque ce dernier avait été réduit à un caucus de sept députés aux dernières élections.

La chef néo-démocrate de l’opposition officielle à Queen’s Park, Andrea Horwath, jouit quant à elle d’une popularité personnelle indéniable. Toutefois, les intentions de vote pour son parti sont en baisse depuis plusieurs mois, plaçant le Nouveau Parti démocratique de l’Ontario en troisième place.

C’est la grande banlieue de Toronto, avec son énorme poids électoral, qui aura un effet décisif sur l’issue du prochain scrutin.

Ici, Ford ne peut pas espérer conserver tous les sièges gagnés en 2018. Il peut cependant compter sur des luttes serrées à trois, dans lesquelles les libéraux et les néo-démocrates se divisent le vote de gauche et permettent aux conservateurs de se faufiler en tête.

Bien entendu, six mois, c’est long en politique et plusieurs inconnues pourraient brouiller les cartes. Néanmoins, il est possible d’affirmer que les étoiles s’alignent pour la réélection de Ford en Ontario, que ce soit à titre de premier ministre à la tête d’un gouvernement majoritaire ou d’un gouvernement minoritaire.

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