Une chose est claire : l’électrification des transports a le vent dans les voiles au Québec. Sauf qu’une tempête se profile à l’horizon : il faudra gérer l’importante vague de batteries usagées qui s’abattra sur nous lorsque les premières générations de véhicules électriques quitteront nos routes.

Publié le 8 déc. 2021
Amélie Côté, Andréanne Brazeau et Valérie Tremblay Respectivement analyste en réduction à la source, analyste en mobilité durable et stagiaire en mobilité durable, Équiterre

Devant l’importance accordée à cet important chantier par le gouvernement et les sommes que nous y investissons collectivement, Équiterre travaille fort pour s’assurer que cette transformation valorise le produit à haute valeur monétaire qu’est la batterie de véhicule électrique, composée de métaux stratégiques dont il faut limiter l’extraction.

Et justement, nous voyons venir un important enjeu à cet égard : il est estimé que nous aurons 73 000 batteries de voitures électriques en fin de vie à gérer au Québec en 2030 !

Et c’est au cours des prochains mois que nous saurons comment on compte s’en sortir grâce à la réforme d’un règlement basé sur le principe de la responsabilité élargie des producteurs, ou la « REP ».

La quoi ? La REP, c’est un peu le manuel d’instructions pour responsabiliser les entreprises en ce qui a trait aux biens qu’elles mettent sur le marché. En d’autres mots, elle dicte comment gérer ces biens lorsqu’ils arrivent en fin de vie. Le règlement sur la REP s’applique par exemple déjà aux appareils électroniques ou encore aux pots de peinture.

Et dans le cas qui nous concerne, le gouvernement du Québec écrit en ce moment les nouvelles règles du jeu pour l’industrie automobile et ses batteries de véhicules électriques : comment va-t-on les gérer dans les prochaines années ?

Nous nous inquiétons de l’allure des discussions entourant ce rouage crucial de l’électrification des transports au Québec. Le processus de consultation s’est avéré bien trop sommaire pour déboucher sur une politique adéquate.

Un produit qui vaut son pesant d’or

Le vrai problème, c’est que la REP proposée actuellement manque de mordant pour s’assurer de tirer le maximum de chacune d’entre elles.

En ce moment, on y prévoit la récupération des batteries en se basant sur une durée de vie de 10 ans : un chiffre arbitraire qui risque de mener à leur fin de vie prématurée, alors qu’on devrait avant toute chose favoriser la prolongation de leur utilisation.

Il faut absolument éviter de les retirer des véhicules avant que ce soit nécessaire.

Nous demandons aussi que des cibles de réemploi soient prévues dans la nouvelle REP. En effet, les batteries de véhicules électriques peuvent avoir une seconde vie sans nécessairement passer par le recyclage, par exemple, en stockant de l’énergie solaire ou éolienne ou en servant à propulser de plus petits modes de transport électriques, comme un bateau.

Même si ce phénomène demeure marginal, il faut mettre en place des mécanismes pour l’encourager. Le meilleur exemple de cela ? Notre gestion actuelle des appareils électroniques. Selon les plus récentes données, seulement 10 % des appareils électroniques récupérés dans le cadre de la REP ont trouvé une seconde vie. Pourtant, utiliser un objet sur une plus longue période est l’action la plus concrète pour réduire au maximum son empreinte environnementale. S’il n’y a pas de cibles de réemploi, les résultats ne seront pas au rendez-vous.

Nous avons entre les mains un produit qui vaut son pesant d’or. Le danger est grand de gaspiller ces précieuses ressources, mais l’occasion est encore plus grande d’en tirer profit sans faire pâtir le climat et l’environnement. Le gouvernement Legault se doit de la saisir.

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