Comme plusieurs, j’ai été interpellé par l’article des journalistes Fanny Lévesque et Tommy Chouinard publié le 2 décembre dans La Presse⁠1 au sujet du drame entourant la mort de Richard Genest. J’aimerais offrir mes condoléances à la famille. J’aimerais aussi clarifier certains points étant donné que la prise en charge des anévrismes de l’aorte abdominale relève de ma spécialité, la chirurgie vasculaire.

Publié le 7 déc. 2021
Stéphane Elkouri
Stéphane Elkouri Chirurgien vasculaire, chef du service de chirurgie vasculaire du CHUM et directeur du programme de chirurgie vasculaire de l’Université de Montréal

La grande majorité des anévrismes de l’aorte abdominale sont traités par les chirurgiens vasculaires de mon association (ACVEQ, l’Association de chirurgie vasculaire et endovasculaire du Québec) de façon élective afin d’éviter la rupture. Au Québec, nous avons plus de 50 chirurgiens vasculaires œuvrant dans 14 centres vasculaires. Ces chirurgiens sont de garde, jour et nuit, 24 heures sur 24, afin d’intervenir en urgence pour sauver la vie des patients qui se présentent avec une urgence aortique. Dans chacun de ces centres, des équipes complètes incluant urgentologues, anesthésistes, inhalothérapeutes, infirmières, technologues, intensivistes et préposés sont prêtes à intervenir.

En cas de rupture, grâce à des interventions chirurgicales ouvertes ou endovasculaires d’urgence, nous arrivons ainsi à sauver la vie de plus des deux tiers des patients qui entrent dans nos salles d’opération et qui ont pour la plupart plus de 60 ans et souvent plus de 80 ans. ⁠2

Il est donc faux de prétendre tel qu’on le rapportait dans La Presse le 2 décembre dernier que « c’est une condition avec un faible niveau de survie même si tout était en place, même si les évènements s’étaient passés en milieu urbain ».

C’était peut-être le cas il y a 30 ans, mais bien des choses se sont améliorées depuis. Les développements technologiques dans mon domaine nous permettent maintenant de traiter plusieurs pathologies aortiques par une approche moins invasive avec des améliorations de la survie des patients, même les plus frêles ou âgés.

Évidemment, le succès dépend de plusieurs facteurs : l’accès rapide aux plateaux techniques, mais aussi à des plateaux techniques modernes qui suivront cette révolution technologique et à la disponibilité rapide des soins intensifs, permettant d’accepter le transfert sans délai. Le succès dépend évidemment aussi du transfert rapide du patient dans un délai acceptable. Desservir un grand territoire avec une seule ambulance n’est pas prudent. Quel est ce délai acceptable pour le transfert ? Plusieurs se sont penchés sur la question, notamment pour assurer des soins contemporains de qualité sur un grand territoire comme le Québec.

Nault et ses collègues⁠2 ont proposé, entre autres, un temps de moins de 90 minutes entre l’arrivée aux urgences et l’arrivée au bloc opératoire (« DEDE 90 » pour door-from-emergency to door-of-EVAR [Endovascular Aneurysm Repair] < 90min). Cette notion de « DEDE 90 » fut même intégrée aux lignes directrices les plus récentes de la société nord-américaine de chirurgie vasculaire (Society for Vascular Surgery) regroupant des milliers de spécialistes travaillant dans des centres hospitaliers partout en Amérique du Nord. ⁠3

Plus récemment, le DDavid Mulder avait aussi lancé un cri du cœur en faveur du transport médical par hélicoptère, projet annoncé à l’été 2018 par le ministère de la Santé et des Services sociaux. L’article⁠4 concluait que le DMulder souhaitait que le gouvernement du Québec n’attende pas que le pire arrive pour implanter un tel programme dans le système de santé de la province. Nous, les soignants dans les centres vasculaires du Québec, sommes toujours prêts à sauver une vie.

1. Lisez l’article de Fanny Lévesque et Tommy Chouinard

2. Nault P, Brisson-Tessier C, Hamel D, Lambert LJ et Blais C. « A new metric for centralization of ruptured abdominal aortic aneurysm repair in large territories ». Journal of Vascular Surgery. 2015 Oct ; 62(4) : 862-7. doi : 10.1016/j.jvs.2015.04.442. Epub 2015 Jul 30. PMID : 26 235 138.

Lisez l’article (en anglais)
3. Consultez le guide des lignes directrices de la chirurgie vasculaire (en anglais)
4. Lisez l’article « Le projet de transport médical par hélicoptère ne décolle pas »
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