La démocratie est en recul à l’échelle mondiale. Le nombre de pays démocratiques s’effrite, tout comme la qualité de la démocratie dans plusieurs de ceux-ci. Malgré tout, la démocratie est résiliente et demeure un idéal qui mobilise des gens partout sur la planète, y compris dans les pays autoritaires.

Publié le 4 déc. 2021
Henri-Paul Normandin
Henri-Paul Normandin Ex-ambassadeur, fellow de l’Institut d’études internationales de Montréal, visiting fellow au Perry House de l’Université de Pennsylvanie

C’est dans un tel contexte d’urgence d’agir que s’ouvrira le sommet pour la démocratie les 9 et 10 décembre prochains. Initiative du président américain Joe Biden, ce premier échange virtuel sera suivi par une « année d’action » et un sommet en personne l’an prochain.

Pour un renouveau mondial

Le sommet a pour objectif de développer une base commune pour un renouveau démocratique mondial. L’ambition est de mise. Mais pour y parvenir, il faudra aller au-delà des beaux discours et mettre en place des outils et initiatives à la hauteur des défis et du moment historique.

Rappelons une réalité qu’on a souvent tendance à oublier : bien que des facteurs et acteurs internationaux puissent exercer une certaine influence, la démocratie se construit d’abord et avant tout sur la scène nationale, par les acteurs nationaux et locaux. Les tentatives de la communauté internationale d’implanter la démocratie au sein d’un pays sont rarement garantes de succès si la population et les leaders politiques nationaux ne s’approprient pas l’objectif et le processus.

C’est pourquoi la participation de la société civile au sommet est absolument critique, tout comme celle des villes et autres ordres de gouvernements.

La tâche principale de ce premier sommet devrait donc être de générer des initiatives qui puissent stimuler l’avancement de la démocratie par les force vives de chaque pays. Un ensemble d’incitatifs, de mesures de soutien et de pression.

En plus d’un engagement collectif autour d’une déclaration commune ainsi que des engagements propres à chaque pays, il y aurait ainsi lieu d’instaurer des mécanismes nationaux et internationaux de reportage, de suivi, d’appui et de soutien, ainsi que des initiatives pour faire face à de nouveaux défis tels ceux associés aux nouvelles technologies de communication et aux médias sociaux.

Les démocrates doivent passer à l’offensive sans négliger la défensive. Il faut en effet se protéger contre les attaques envers la démocratie. Celle-ci s’affaiblit souvent de l’intérieur, notamment par l’effritement de la liberté de la presse et l’érosion des institutions, dont le pouvoir judiciaire. Il est également notoire que des régimes autocratiques tentent de déstabiliser les démocraties par le biais de la désinformation, d’attaques informatiques et de tentatives d’influencer, polariser et corrompre des acteurs nationaux.

D’où la pertinence de mettre sur pied un système d’alerte précoce permettant de déceler des situations problématiques et d’y réagir. Tout aussi utile serait un mécanisme de protection et une réponse collective aux défis externes. Ainsi, si un pays voit sa démocratie attaquée par des forces extérieures, les autres pays démocratiques pourraient se liguer pour une riposte, allant de la dénonciation à des mesures plus agressives, telles des sanctions envers un pays à l’origine de telles attaques.

Attention à l’idéal démocratique

Le sommet n’est pas sans risque, dont celui de conférer un vernis de légitimité démocratique à certains leaders politiques qui ne le méritent pas. Qui plus est, tous sont conscients que démocratie et géopolitique semblent entremêlées. Mais il serait de notre intérêt que le sommet se concentre sur la démocratie comme telle, plutôt que sur les intérêts plus larges des pays démocratiques qui englobent aussi d’autres sujets sensibles tels le commerce international et la sécurité. Il serait tout aussi opportun de tempérer la rhétorique eu égard à la « compétition stratégique », à défaut de quoi nous risquons de discréditer l’idéal démocratique, perdre des partenaires potentiels en cours de route, et exciter plus que nécessaire la confrérie des régimes autoritaires.

Enfin, rappelons-nous que l’hôte du sommet est une démocratie fragilisée et que son leadership pourrait s’affaiblir encore plus avec un retour éventuel au pouvoir du trumpisme en 2025. Si les États-Unis ont pris l’initiative du sommet, il importe que d’autres pays assument un leadership.

Dans ce contexte, que fera le Canada ? Au-delà de la participation du premier ministre Trudeau, quels seront nos engagements nationaux et internationaux ? Le Canada saisira-t-il l’occasion pour lancer des initiatives politiques et pratiques qui pourraient rehausser sa posture internationale et contribuer à l’avancement de la démocratie ? Alors que la nécessité d’une véritable politique étrangère se fait criante, il sera intéressant de voir si le sommet donnera des indices quant à la place que pourrait occuper la démocratie dans les priorités canadiennes.

Quelques suggestions de lecture

Lisez « The Global State of Democracy Report 2021 » (en anglais)
Lisez une déclaration de la Maison-Blanche (en anglais)
Lisez la lettre d’opinion « Démocratie ou géopolitique ? »
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