Sans convention collective depuis un an et demi et sans reconnaissance de leur travail depuis trop longtemps, les éducatrices et travailleuses des CPE affiliées à la CSQ et à la CSN ont voté pour un mandat de grève générale illimitée à très forte majorité (plus de 90 %) au terme de 10 jours de grève échelonnés sur trois mois. Ce faisant, elles nous offrent non seulement un exemple de détermination, mais aussi de solidarité. Par leur lutte, elles cherchent non seulement à améliorer leurs conditions de travail, mais aussi celles de leurs collègues sans qui le bon fonctionnement d’un CPE serait impossible. Elles sont solidaires autant par conviction que par nécessité !

Publié le 30 nov. 2021
Julie Charron
Julie Charron Mère et professeure de sociologie au Collège Lionel-Groulx, et plus de 70 autres signataires*

Cette lutte est indispensable, car elle met en lumière, comme la lutte d’autres travailleuses, le fait que le travail du care, encore majoritairement effectué par les femmes, est essentiel pour notre société, notamment pour libérer les parents qui doivent travailler. De même, nous savons, grâce à diverses études, que le réseau québécois des CPE permet d’aplanir les inégalités sociales dès la petite enfance et qu’il a un impact positif sur le bien-être de nos enfants, que ce soit en contribuant à la réussite scolaire, à la détection de difficultés de développement ou à la prévention de problèmes de santé (voir travaux de S. Côté et R. Tremblay).

Il est urgent que le gouvernement Legault instaure une augmentation salariale équitable pour toutes afin de favoriser le bien-être durable de notre collectivité.

Cette lutte est essentielle, parce qu’elle nous rappelle certaines des inégalités constitutives de notre société, où les métiers typiquement féminins sont trop souvent moins bien payés que les métiers typiquement masculins (ce qui est en soi l’un des facteurs explicatifs de la pénurie d’éducatrices) et où ce sont le plus souvent les mères (en partie parce que moins bien payées) qui s’absentent du travail lors de coupes dans les services de garde ou pour prendre soin des enfants lorsqu’ils sont malades.

Malheureusement, si l’égalité des genres et la solidarité sont des valeurs au cœur de la lutte des éducatrices, nous ne pouvons pas en dire autant des politiques du gouvernement Legault. Aujourd’hui, la ministre Sonia LeBel aimerait nous faire croire que les éducatrices prennent en otage les parents et leurs employeurs – c’est mal connaître les capacités des parents à jongler entre travail et soins aux enfants (capacités surdéveloppées pendant la pandémie) –, mais c’est plutôt le gouvernement qui prend les parents et leurs employeurs en otage. Ce gouvernement n’a pas fait les investissements nécessaires dans le réseau d’éducation à la petite enfance au cours des trois dernières années alors que la pénurie d’éducatrices est connue depuis longtemps et que les taux d’inscription dans le programme de techniques d’éducation à l’enfance sont faméliques (le taux de diplomation est d’ailleurs autour de 25 %).

Si ce gouvernement, et ces prédécesseurs, avaient reconnu et valorisé le travail indispensable des éducatrices, ces négociations n’impliqueraient pas le « rattrapage salarial » actuel ni de grève générale illimitée.

Il est temps pour ce gouvernement de prouver que le travail des femmes est important et que l’obsession de M. Legault « d’augmenter le salaire moyen des Québécois » (autour de 56 000 $ par année) concerne toutes les travailleuses et tous les travailleurs ! M. Legault, vous avez une occasion en or, et les moyens des transferts fédéraux, pour réaliser votre rêve ! Qu’attendez-vous ? Aux éducatrices et travailleuses des CPE, sans qui plusieurs ne seraient pas libres de travailler, nous sommes de tout cœur avec vous. Tenons-nous toutes et tous deboutte !

*Cette lettre a été écrite en collaboration avec Kate Bouchard, mère et agente de recherche et de planification.

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