L’auteure s’adresse au premier ministre François Legault

Publié le 29 nov. 2021
Julie Caron-Malenfant
Julie Caron-Malenfant Directrice générale de l’Institut du Nouveau Monde

Monsieur le Premier Ministre, vous avez été élu il y a à peine trois ans et depuis votre accession au pouvoir, le monde a irrémédiablement changé.

Les relatives stabilité, harmonie et prospérité dont le Québec jouissait semblent appartenir à un passé à la fois récent et révolu. Aussi, votre nom restera associé pour les Québécoises et les Québécois à une période de crise planétaire. Parce que la pandémie à laquelle nous faisons face depuis mars 2020 est sans précédent, qu’elle a mobilisé toutes les ressources de l’État, des sciences, des acteurs économiques, de la société civile et des citoyennes et citoyens. Elle a changé la face du monde, nos façons de travailler, de communiquer, tout comme notre rapport aux autres, aux sciences et aux institutions démocratiques.

Que vous le vouliez ou non, nous serons encore, après la pandémie, en temps de crise. Et cette crise s’annonce permanente. Après les inondations de 2017 et de 2019, la canicule de 2018, qui a fait des dizaines de victimes, et la sécheresse de 2021, qui a culminé par le mois d’août le plus chaud jamais enregistré, les changements climatiques vont continuer de transformer le Québec, comme le reste de la planète, avec leur destruction, leurs victimes, leurs déplacements forcés et leurs coûts économiques exorbitants.

Pour y faire face, et pour prévenir le pire, nous avons besoin d’un changement de paradigme radical et d’une mobilisation de toutes et tous.

Pourquoi vous interpeller sur le climat ? Car la crise climatique est un enjeu systémique, comme le sont les inégalités sociales ou encore le racisme. On ne peut les résoudre uniquement par le cumul de gestes individuels. L’État détient des leviers considérables. L’État a aussi la responsabilité de les mettre à profit, au nom de l’intérêt général, pour renverser la vapeur et préserver ce qu’il reste de nos écosystèmes. Agir sur le climat, c’est aussi protéger notre capacité à répondre aux autres défis auxquels nous sommes confrontés, qu’il s’agisse d’éducation, de culture, d’inclusion, de réconciliation, de santé ou d’économie.

Comme chef du gouvernement élu démocratiquement pour diriger la communauté d’humains que nous formons au Québec, vous êtes le mieux placé pour opérer un changement de cap.

Dans les textes publiés dans L’état du Québec 2022, nous pouvons constater la force des communautés qui tissent le Québec. Il n’y a pas que cela. Sondage après sondage, nous avons la démonstration que les Québécoises et Québécois s’inquiètent pour le climat et attendent davantage du gouvernement. En qualité de premier ministre, vous seul possédez la légitimité de mener la parade. De prévenir, plutôt que de guérir.

Notre démocratie, si précieuse, est aussi menacée par la crise climatique, qui, elle, n’aura aucun scrupule à imposer ses conditions le moment venu. La démocratie offre pourtant le meilleur cadre pour répondre aux crises les plus grandes. Elle nous oblige à nous écouter, à nous comprendre et à produire le meilleur, pour le plus grand nombre. La démocratie aide à faire les arbitrages difficiles et à résoudre les dilemmes. Encore faut-il s’en donner les moyens.

Nous comptons sur vous pour envoyer le signal. J’ai la conviction que les Québécoises et les Québécois répondront positivement à l’appel.

Ensemble, préparons l’avenir.

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