Nous pourrions assurément le scander haut et fort. C’est une victoire. La création du tribunal spécialisé en matière de violence sexuelle et conjugale donnera sans doute espoir aux victimes. L’adoption d’une telle loi laisse présager un changement concret dont la symbolique est capitale.

Publié le 27 nov. 2021
Léa Clermont-Dion
Léa Clermont-Dion Réalisatrice de T’as juste à porter plainte, autrice et candidate au doctorat

Depuis l’avènement de #metoo, les mouvements de dénonciation en ligne, dans toute leur fulgurance, nous ont donné une leçon importante. La parole libérée des uns et des autres nous a fait mal : indignation, révolte et colère. Porter plainte est une voie qui effraie. Et les raisons qui rebutent sont valides. Il y a eu démonstration limpide que le système de justice, au-delà des acteurs concernés, n’était pas toujours adapté aux besoins des victimes.

Dans certains cas, le processus a pu être destructeur. Pour d’autres, il a été salvateur. Certaines personnes ont même évoqué leur parcours comme étant un chemin de croix rocailleux, épineux, traumatisant, écorchant souvent beaucoup en laissant des plaies à vif. Les différentes critiques émises dans l’espace public nécessitaient l’action pour contrecarrer ce bris de confiance démoralisant.

L’adoption de ce projet de loi, tantôt critiqué, donne à croire qu’il est possible de faire avancer la société d’une même voix, et ce, au-delà des partisaneries politiques qui viennent à cultiver cynisme et déception chez bon nombre d’entre nous.

Les débats ont certes pu être houleux pour arriver à l’avènement de cette adoption. Et il est nécessaire de comprendre les forces divergentes. La juge en chef de la Cour du Québec avait raison de s’inquiéter de l’indépendance judiciaire. Les motifs au débat étaient légitimes. Il semble y avoir eu entente pour protéger ce principe fondamental. En tant qu’ex-plaignante, je ne peux que célébrer le fait que l’avènement de ce projet ait été possible malgré tout.

Accompagnement des victimes

Les solutions tangibles sont écrites noir sur blanc. Elles permettent de mieux saisir l’amélioration de la situation. Soyons concrets. Le projet de loi 92 permettra un meilleur accompagnement pour les victimes avant, pendant et après le processus. On peut compter sur une spécialisation plus adéquate des intervenants issus de la Direction des poursuites pénales et criminelles et des corps de police. Cette conscientisation portera notamment sur les réalités délicates relatives aux victimes. On comptera également sur le service d’une consultation juridique de quatre heures pour toute personne survivante. Autre changement important : l’adaptation des salles de cours pour faciliter le témoignage des victimes. Sans compter la mise sur pied des projets pilotes afin d’implanter le tribunal spécialisé de façon permanente à travers tout le Québec. La liste des bonnes nouvelles est importante et mérite d’être soulignée.

Remettons-nous aux faits. Ce sont des mesures tangibles qui faciliteront certainement le processus vécu par les personnes victimes. On avait besoin de cette annonce pour retrouver confiance dans le système.

Les temps changent, les mentalités évoluent. Un petit coup d’œil dans le rétroviseur de l’histoire avec un grand H souffle confiance et optimisme. Il n’y a pas si longtemps, en vertu du droit canadien, les femmes victimes d’agression sexuelle étaient jugées aussi crédibles que des enfants. On peut dire qu’il y a eu un saut vertigineux vers le progrès.

Ne soyons pas naïfs. Porter plainte demeurera toujours une épreuve incommensurablement laborieuse et corsée pour celles et ceux qui oseront le faire. Le système de justice ne guérit pas tout, mais il pourra certainement répondre peut-être un peu mieux aux besoins des victimes. Ce n’est pas rien. C’est en fait énorme.

Je ne crois pas aux contes de fées. Les solutions magiques et immédiates sont chimériques. Elles relèvent souvent davantage d’un populisme à craindre que d’autre chose. Il faudra être patients pour voir cette transformation dans les salles de cour. Mais une chose est certaine. Nous assistons aujourd’hui à un avancement considérable. Ne serait-ce que pour cela, il y a matière à le dire et le redire. C’est une victoire. Pour tous.

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