De la conférence de Rio en 1992 à la COP26 à Glasgow, le chemin parcouru pour la reconnaissance des enjeux environnementaux est notable bien qu’insuffisant sur le plan des actions à accomplir. Au Québec, la mobilisation de la société civile s’est avérée un incontournable, tant pour susciter le débat que pour expérimenter et concrétiser des solutions. Cette mobilisation s’élargit et s’accélère, et c’est tant mieux.

Véronique Fournier
Véronique Fournier Directrice générale du Centre d’écologie urbaine de Montréal, et huit autres signataires*

La naissance du mouvement environnemental en milieu urbain

En juin 1992, la Conférence des Nations unies sur l’environnement et le développement, plus connue sous le nom de Conférence de Rio, adopte une déclaration qui fait progresser le concept des droits et des responsabilités des pays dans le domaine de l’environnement.

À partir de cette date, le développement durable et la lutte contre les changements climatiques deviennent des notions comprises et reconnues officiellement sur le plan international.

En parallèle, au Québec, de nombreux organismes se développent pour agir concrètement face aux enjeux environnementaux, et particulièrement à travers la lunette de l’environnement urbain. Parmi eux, le programme Éco-quartier de la Ville de Montréal est créé en 1995, suivi du Centre d’écologie urbaine de Montréal, du Conseil régional de l’environnement de Montréal et de Vivre en Ville, qui voient le jour en 1996.

Les idées d’introduire la nature en ville, de repenser les déplacements, de gérer nos matières résiduelles de manière plus responsable, d’aménager durablement le territoire urbanisé, d’en protéger les espaces verts et agricoles et d’expérimenter la participation citoyenne à la prise de décision et à la réalisation de projets ont animé ce mouvement urbain dès le départ et ont rallié, au fil du temps, des milliers de citoyens, de décideurs et de professionnels vers ce changement de la vie en ville.

Vingt-cinq ans plus tard, la COP26 montre l’acuité des enjeux environnementaux et l’ampleur des défis à relever, tant à l’échelle internationale qu’à l’échelle locale.

La pression sur l’environnement urbain est forte, mais place les villes au cœur des solutions : en 2050, les deux tiers des habitants de la planète seront des citadins.

Un changement activé par la société civile

Au cours de nos 25 ans d’action, nous avons été témoins d’un changement réel dans la manière d’aborder la qualité de vie en ville et l’environnement urbain. Santé, environnement, qualité du milieu de vie et démocratie orientent désormais les politiques publiques municipales.

Des milliers d’initiatives portées par des villes, des organisations, des regroupements de citoyens et des entreprises ont fleuri dans les milieux urbains : ruelles vertes, rues partagées, gestion des matières résiduelles, dispositifs de consultation publique, design urbain à échelle humaine. Sans compter la mobilisation des résidants, tant pour réclamer des villes à échelle humaine que pour agir hyperlocalement avec des projets comme l’agriculture urbaine. Et tout récemment, face aux immenses défis auxquels doivent déjà faire face les villes, un nombre record de candidats et candidates se sont présentés aux élections municipales en faisant des enjeux environnementaux leur cheval de bataille.

Cette mobilisation nous prouve que la population est prête à s’engager pour l’avenir.

Les décisions d’aménagement urbain ne se prennent plus en vase clos ; elles s’ouvrent désormais aux citoyens, élus, scientifiques, organisations et professionnels. La volonté du gouvernement du Québec d’adopter une Politique nationale d’architecture et d’aménagement en est un exemple. La collaboration entre les municipalités est désormais incontournable. Les défis auxquels les villes font face dépassant souvent les frontières administratives (pensons par exemple à la crise du logement), il apparaît essentiel de travailler ensemble au-delà du plan local pour construire des milieux de vie durables.

L’immobilisme n’est plus acceptable

Les villes ont un véritable rôle à jouer contre les changements climatiques sur le plan international, et elles ne sont pas seules. Non seulement la Ville de Montréal représente une source d’inspiration et d’audace à l’étranger pour une ville résiliente et sobre en carbone, mais elle a également su cultiver une collaboration avec la société civile. Sans compter les résidants qui aspirent dorénavant à participer à la création de milieux de vie durables.

Maintenant plus que jamais, il est nécessaire de repenser notre manière de concevoir les villes. L’ère du projet-pilote est révolue ; c’est une transformation massive des modes de développement, de consommation et de déplacement qui doit être opérée.

L’immobilisme n’est pas acceptable. Les politiques municipales doivent être conçues avec l’obsession constante de la lutte contre les changements climatiques et de l’adaptation à ces changements. Il faudra aussi s’assurer que tous puissent bénéficier de milieux de vie de qualité, sans égard à l’âge ou au statut socio-économique. La Politique nationale d’architecture et d’aménagement devra être à la hauteur des enjeux, puisqu’elle marquera l’avenir de nos collectivités pour des décennies.

Des actions fortes doivent être engagées dès maintenant, car nous n’avons plus la possibilité d’attendre encore 25 ans. Aujourd’hui, l’urgence du défi climatique doit rallier les forces vives pour un mouvement irréversible vers des villes durables. Il est minuit moins une, à l’action !

* Cosignataires : Ève Lortie-Fournier, directrice générale du Regroupement des éco-quartiers de Montréal ; Emmanuel Rondia, directeur général du Conseil régional de l’environnement de Montréal ; Christian Savard, directeur général de Vivre en Ville ; Sandrine Cabana-Degani, directrice générale de Piétons Québec ; Dave Harvey, directeur général de Park People/Amis des parcs ; Mélanie Le Berre, directrice générale du Partenariat Climat Montréal ; Alexandre Turgeon, directeur général du Conseil régional de l’environnement – Région de la Capitale-Nationale ; Martin Vaillancourt, directeur général du Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement du Québec (RNCREQ)

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