Notre match collectif contre les pires effets de la crise climatique ne se déroule pas comme prévu. Notre adversaire gagne en rapidité et en robustesse à mesure que le match avance. En plus, on joue mal, on se fait laver. La COP26, conférence sur le climat qui aura lieu dès la semaine prochaine dans la ville écossaise de Glasgow, c’est un peu le coup de sifflet qui marque le début de notre troisième période, notre chance d’éviter la plus amère et douloureuse des défaites.

Émile Boisseau-Bouvier, Andréanne Brazeau et Anthony Côté Leduc Membres de la délégation d’Équiterre à la COP26

À l’aube de ce rendez-vous important, qu’est-ce qui pourra donc être considéré comme une bonne performance de notre équipe, composée de 196 pays ?

Il nous faut d’abord de l’ambition !

Les négociations climatiques de Glasgow seront cruciales, parce qu’elles nous permettront de savoir si nous nous donnerons les moyens de gagner et si nous prenons la partie au sérieux.

Pour le moment, ça ne semble pas être le cas. Pourquoi ? Parce qu’à l’échelle de la planète, nos plans climat actuels nous mènent vers un réchauffement catastrophique de 2,7 °C. C’est comme si notre groupe d’entraîneurs nous dictait de compter deux buts, alors qu’il nous faudrait en réalité en compter cinq pour espérer l’emporter. Les États devront donc présenter des cibles et des plans d’action reflétant cette réalité.

Bref, non seulement notre ambition collective doit-elle être rehaussée, il faut aussi qu’on ait de solides plans de match. C’est bien beau de se dire qu’on va gagner, il est tout aussi important de savoir comment on va le faire.

Notre grande faiblesse

Avant toute chose, il faut aussi prendre acte des énormes faiblesses dans notre jeu. L’iniquité est sans aucun doute la plus importante d’entre elles.

Nous ne jouons pas bien ensemble. Nous avons tendance à laisser des joueurs et des joueuses clés sur le banc, c’est-à-dire la plupart des pays du Sud. Ce sont pourtant eux qui subissent déjà – et continueront de subir – plus que quiconque les pires effets d’un emballement climatique mondial. Terres asséchées, îles submergées, conflits pour les ressources, crises migratoires… Les pays du Nord ne peuvent donc pas se faire pardonner l’impardonnable sans une présence forte et convaincante à la COP26.

À cet effet, même si le sommet de Glasgow constitue un moment charnière, il s’annonce malgré tout comme l’un des moins sécuritaires et équitables en raison du contexte sanitaire.

De nombreuses déléguées et de nombreux délégués de pays du Sud verront leur participation à la conférence teintée par des quarantaines, des frais de voyage élevés ou la difficulté d’obtenir des vaccins de la part des organisateurs du Royaume-Uni. Dans ces conditions, l’accès à l’évènement sera beaucoup plus restreint qu’à l’habitude.

En matière de justice climatique, il y aura donc beaucoup de dossiers à suivre, alors que le Canada devra faire preuve d’un leadership inégalé pour faire progresser l’engagement des pays développés de rassembler 100 milliards de dollars par année d’ici 2025 afin de financer les efforts des pays en développement pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et s’adapter aux effets de la crise climatique. C’est un minimum quand on est largement responsable du retard à rattraper.

Tirer dans son but

Pour gagner, il nous faudra aussi tourner le dos aux joueurs qui tirent dans notre propre but : ceux issus de l’industrie des énergies fossiles. La COP26 sera une merveilleuse occasion de planifier une bonne fois pour toutes notre sortie collective du bourbier pétrolier et gazier.

Heureusement, il y a un élément réjouissant à l’aube de cette COP26 : nous sommes de plus en plus nombreux et nombreuses dans le monde à comprendre la game. Nous voyons de plus en plus clairement ceux qui ne fournissent pas les efforts nécessaires pour gagner, ou encore qui parlent fort au banc, mais tirent rarement au filet (allô, Canada !). Équiterre et d’autres groupes, soutenus par une société civile mobilisée, seront derrière le banc pour les ramener à l’ordre.

Un réel sentiment d’urgence devra se faire ressentir pour cette COP26. La défaite n’est pas une option. La glace a déjà assez fondu comme ça.

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