Dès les premiers jours de son mandat, le gouvernement de François Legault annonçait un plan ambitieux d’expansion de l’industrie audiovisuelle québécoise.

Annie Gérin
Annie Gérin Doyenne de la faculté des beaux-arts de l’Université Concordia, et 12 autres signataires*

Il s’agit d’un investissement judicieux, compte tenu de l’importance de la culture au Québec, de l’envergure du rayonnement international de ce secteur et de sa croissance rapide au cours des cinq dernières années.

Aujourd’hui, alors que la relance économique est à nos portes, les entreprises du milieu du cinéma, de la télévision et des médias numériques cherchent à augmenter leur capacité afin de demeurer compétitives sur l’échiquier mondial et de mettre à profit les fonds supplémentaires accordés par le gouvernement par l’entremise de la SODEC (Société de développement des entreprises culturelles) au secteur audiovisuel pour pallier les effets de la crise sanitaire sur l’industrie.

Alors que nos frontières s’ouvrent à nouveau et que les productions étrangères cherchent encore plus de lieux de tournage, le Québec doit être prêt à faire face à cette croissance et demeurer un lieu d’accueil attractif.

Faisant face à la concurrence de nos voisins pancanadiens, comme les villes de Vancouver et de Toronto, il nous faut saisir rapidement l’occasion qui s’offre à nous afin de répondre à cette demande grandissante.

Le cinéma québécois est distinct et reconnu dans le monde entier. Notre succès nous offre donc une occasion d’accroître la visibilité de la production culturelle québécoise à l’international, à un moment où des diffuseurs comme Netflix, Amazon et HBO développent une offre multilingue, appelant la production locale à voyager.

Si le Québec veut devenir une destination de choix en matière de production cinématographique de qualité et faire croître une industrie qui représente 2,4 milliards de dollars, 63 000 emplois et plus de 500 entreprises, il est temps de passer à une échelle beaucoup plus grande. Les gouvernements, les représentants de l’industrie, les grappes industrielles, les syndicats et les établissements d’enseignement doivent travailler ensemble pour assurer une croissance ciblée de l’infrastructure, de l’équipement et des écosystèmes urbains qui soutiennent cette industrie, ses artistes et ses artisans, sans oublier la formation.

Il risque en effet de manquer de professionnels pour assurer une croissance pérenne de l’industrie cinématographique, télévisuelle et des médias numériques. Le gouvernement prévoit un déficit dans bon nombre de secteurs d’emploi jusqu’en 2023, et il faut s’y attaquer. Nous avons cependant l’occasion de pourvoir ces postes ici, ce qui représenterait des revenus importants pour le Québec, puisque près de 60 % des coûts de production vont vers les salaires.

Accroître le nombre de professionnels travaillant dans le milieu de l’audiovisuel de manière réfléchie et durable signifie investir dans des formations plus diversifiées et flexibles. Cela signifie attirer des femmes et des personnes issues de groupes minoritaires pour se joindre à l’industrie et apporter leurs points de vue à l’écran. Cela signifie également penser différemment à la formation des cinéastes émergents, avec un complément d’éducation fondamentale, d’occasions de perfectionnement et de formation avancée en production de films, effets visuels, animation, réalité augmentée et gestion des industries culturelles. C’est ce qui permettra à l’industrie audiovisuelle québécoise de croître rapidement et intelligemment et de continuer de se distinguer à long terme.

Les universités, écoles et centres de formation professionnelle du Québec sont prêts à relever ce défi. À l’avant-garde de la formation et du développement culturel, ces institutions éduquent les professionnels primés de demain qui pourront accéder à des emplois de qualité, bien rémunérés.

Les scénaristes, cinéastes et producteurs formés au Québec sont reconnus partout dans le monde. Leurs films sont présentés à Cannes, à la Berlinale, à Sundance et dans des dizaines de festivals à travers le monde.

Au-delà de notre expertise collective et de nos nombreux succès, il manque un élément crucial pour assurer une croissance durable et à long terme. Nous avons besoin d’une stratégie nationale misant sur le développement des talents et des savoir-faire québécois pour l’ensemble de la production audiovisuelle. Nous avons aussi besoin des ressources nécessaires pour la déployer efficacement et rapidement. Alors seulement pourrons-nous réaliser l’ambitieux plan du gouvernement Legault de renforcer et d’accroître l’industrie audiovisuelle du Québec et préparer la relève québécoise à nous représenter ici et sur la scène internationale.

*Cosignataires : Yves Bélanger, directeur de la photographie ; Stephen Campanelli, réalisateur et directeur de la photographie ; Christian Duguay, réalisateur, scénariste et producteur ; Roger Frappier, producteur et réalisateur ; Suzanne Guèvremont, directrice de l’École des arts numériques, de l’animation et du design de l’Université du Québec à Chicoutimi ; Jean Hamel, directeur général de l’Institut national de l’image et du son ; Gaby Hsab, doyen de la faculté de communication de l’Université du Québec à Montréal ; Claude Joli-Cœur, président de l’Office national du film du Canada ; Christine Maestracci, présidente-directrice générale du Bureau du cinéma et de la télévision du Québec ; Kim Nguyen, réalisateur, scénariste et producteur ; Marie-José Raymond, productrice ; André Turpin, réalisateur et directeur de la photographie

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