Lors de la première semaine de septembre 2021, les niveaux de congestion automobile sont revenus à ceux de 2019 dans le Grand Montréal, selon l’index de la congestion TomTom. En cette rentrée automnale, alors que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a tiré la sonnette d’alarme dans son dernier rapport, et que débute la campagne électorale municipale, ce retour en masse de la voiture sur nos routes appelle un constat clair qui se doit d’être compris par l’ensemble de la population et des décideurs : la place occupée par la voiture n’a plus de sens. Il faut tendre vers moins, et mieux.

Véronique Laurin et Blaise Rémillard Respectivement conseillère en mobilité durable chez Jalon et responsable transport et urbanisme au Conseil régional de l’environnement de Montréal

Ce « moins et mieux » peut se nommer de différentes manières : dépossession, démotorisation, sobriété automobile. Pour les chercheurs et décideurs du panel « Comment soutenir la démotorisation des ménages montréalais ? », organisé le 21 septembre par Jalon et le CRE-Montréal, il s’agit là d’un enjeu important qui se bute actuellement à une résistance tout aussi grande : parmi nos décideurs actuels, qui osera « enlever » à ses électeurs leurs automobiles ?

Pourtant, le concept de démotorisation ne vise pas à diaboliser l’usage de la voiture. Démotoriser, c’est favoriser le retrait d’une partie des autos pour les remplacer par des modes de déplacement plus durables et efficaces pour la collectivité : autopartage, covoiturage, transports collectifs, vélo et marche. Cela s’inscrit également dans l’approche RTA (réduire, transférer ou améliorer) prônée par les différentes politiques en place.

Rappelons que l’usage que l’on fait de nos véhicules privatifs n’est d’aucune cohérence avec les coûts individuels et sociaux qu’ils engendrent.

Chaque ménage possède en moyenne 1,4 voiture. Pourtant, elles sont stationnées 95 % du temps, roulent sans passagers dans 82,5 % des cas et accaparent 74 % de l’espace public. Elles représentent une part importante (18,4 %) du budget familial, supérieur à celui de l’alimentation (16,2 %). Sur le plan collectif, ce sont plus de 5000 $ par personne annuellement qui sont consacrés pour maintenir notre système centré sur l’automobile en place. Le constat est clair et martelé par la science : la voiture est le mode le moins efficace disponible pour nous déplacer collectivement. Nous subissons tous, automobilistes inclus, les effets négatifs de l’usage intensif, mais pourtant inadapté de la voiture. Mentionnons aussi que ces effets sont également subis par 29 % des ménages montréalais qui ne possèdent pas de voiture, mais qui en assument tout de même les coûts collectifs et les effets négatifs (pollution, congestion, insécurité routière, coût des infrastructures, etc.).

Nos plans et politiques, tant à l’échelle provinciale que municipale, comportent plusieurs cibles générales claires. Réduire les dépenses de mobilité des ménages de 20 % d’ici 2030 (Politique de mobilité durable du Québec). Hausser la part de déplacement en transports en commun de 25 à 35 % d’ici 2031 (ARTM). Transférer 25 % des déplacements en auto solo sur le territoire montréalais vers d’autres modes d’ici 2030 (Plan climat Montréal). Pourtant, ni dans ces plans ni ailleurs, il n’existe actuellement de cible explicite sur la réduction du nombre de voitures en ville. Il s’agit pourtant d’une étape cruciale pour atteindre les objectifs mentionnés plus haut, tout en facilitant une meilleure compréhension des mesures concrètes à déployer pour y arriver.

Les options existantes permettent déjà d’envisager la démotorisation complète ou partielle de plusieurs d’entre nous. Plus d’investissements en transports collectifs, l’amélioration du réseau cyclable, le développement de quartiers toujours plus complets et le bon dosage d’incitatifs fiscaux et de tarification sauront sans conteste inciter un nombre croissant d’entre nous à faire le choix de réduire l’utilisation de l’auto privative, voire dans certains cas, de l’abandonner tout simplement.

Parler de démotorisation dans l’espace public, ce n’est pas partir en guerre contre l’ensemble des automobiles. C’est toutefois une discussion nécessaire qu’il faut tenir rapidement, et avec lucidité, en contexte d’urgence climatique. Cette discussion doit mettre de l’avant les avantages collectifs et individuels de posséder moins de voitures ; le rétablissement de l’équité envers les ménages sans voiture ; et l’efficacité des systèmes de transport routier. Les bénéfices d’un mode de vie avec moins de voitures pour la santé, pour l’économie et pour l’environnement rendent la démotorisation de la région de Montréal inévitable. Donnons-nous la chance d’ouvrir cette discussion collectivement.

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