Au même titre que la montagne, le fleuve est un emblème métropolitain. Comme le parc du Mont-Royal au cœur de la montagne, le parc Jean-Drapeau au cœur du fleuve fait la fierté des Montréalais et rayonne au-delà de nos frontières. Lieu de promenade, de sports, de culture, poumon vert, noyau de biodiversité et site patrimonial, il résonne auprès des personnes d’ici et d’ailleurs qui le fréquentent chaque année.

Emmanuel Rondia et Fabrice Brunet Respectivement directeur général du Conseil régional de l’environnement de Montréal et président-directeur général du Centre hospitalier de l’Université de Montréal, et 12 autres signataires*

En avril 2021, c’est avec un grand enthousiasme que nous avons accueilli le Plan directeur de conservation, d’aménagement et de développement du parc Jean-Drapeau. Succédant au plan directeur adopté en 1993, ce plan ambitieux et visionnaire, fruit d’une démarche participative et de consultations d’une envergure inégalée, marque le début d’une nouvelle ère pour le parc, le début d’une réhabilitation en profondeur fondée sur un retour à sa vocation première de grand parc public, remontant à 1874, et sur la protection, la restauration et la mise en valeur des composantes patrimoniales naturelles, culturelles et architecturales de ce site exceptionnel.

Le plan lance un appel à la population : un appel à se reconnecter avec la nature et avec le fleuve, un appel à se réapproprier l’espace et l’histoire du lieu, un appel à innover et un appel à participer personnellement et activement à la métamorphose de cet endroit trop souvent malmené au cours des dernières décennies.

Portées par cet élan, nos organisations ont choisi d’unir leurs forces et leurs expertises afin d’appuyer la mise en œuvre du plan et d’accompagner la Société du parc Jean-Drapeau dans ce grand projet de société.

Nous nous unissons aussi pour éviter que le plan ne reste qu’un énoncé de bonnes intentions. Malgré des annonces importantes comme l’intégration de la Biosphère au réseau municipal d’Espace pour la vie et la mise sur pied du Campus de transition écologique, force est de constater que depuis l’adoption du plan, les gestes concrets sont encore rares.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Le circuit Gilles-Villeneuve où des arbres poussaient entre les gradins, en 2020

Au contraire même, certaines situations ont un goût amer de déjà vu : la destruction de la plaine des jeux lors d’un tournage cinématographique cet été ou la présence permanente de gradins de Formule 1 alors que le circuit Gilles-Villeneuve n’a accueilli aucune course depuis 2019.

Quand va-t-on mettre en place les actions promises et planifiées au cours des derniers mois ? Combien de temps faudra-t-il encore attendre avant de retrouver un parc apaisé et ressourçant dans l’esprit initial de son concepteur Frederick G. Todd ?

Quand les bois et les milieux naturels seront-ils mis en valeur ? Quand restaurera-t-on la Place des Nations ou les canaux de l’île Notre-Dame ? Quand la plaine des jeux sera-t-elle réhabilitée et, avec les aires de pique-nique si appréciées des familles montréalaises, libérée de son exploitation à des fins commerciales ?

Alors que la campagne électorale bat son plein et que les différents partis se sont récemment engagés publiquement et de façon unanime pour le mont Royal, un tel engagement pour le parc Jean-Drapeau et la mise en œuvre de son plan, issu d’importantes consultations publiques, nous apparaît tout aussi primordial et incontournable.

Et ce, tant pour la population montréalaise et sa santé, pour l’environnement que pour le rayonnement d’un emblème qui fait la fierté de notre ville. Il faut concrétiser cette vision d’avenir à la hauteur de nos ambitions. Nous sommes tous et toutes responsables du parc Jean-Drapeau et des autres lieux qui définissent la métropole. Mobilisons-nous pour veiller à ce que les promesses deviennent réalité au profit des générations d’aujourd’hui et de demain.

*Cosignataires : Thomas Bastien, directeur général de l’Association pour la santé publique du Québec ; Charles Bonhomme, spécialiste, communications et affaires publiques, de la Fondation David Suzuki ; Dinu Bumbaru, directeur des politiques d’Héritage Montréal ; Christine Caron, présidente de l’Association des résidants du Vieux-Montréal ; Linda Collette, membre cofondatrice des Amis du quai de l’Horloge ; Diego Creimer, responsable, solutions nature pour le climat et relations gouvernementales, de la Société pour la nature et les parcs (SNAP-Québec) ; Catherine Fernet, présidente de l’Association des architectes paysagistes du Québec ; Sylvain Gariépy, président de l’Ordre des urbanistes du Québec ; Marie Lapointe, responsable de programme, Amis des parcs/Park People ; Roger La Roche, les Ami.es de l’Expo 67 ; Lucette Lupien, représentante des résident.es de la Cité-du-Havre ; Dre Claudel Pétrin-Desrosiers, présidente de l’Association québécoise des médecins pour l’environnement (AQME)

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