Depuis la fin de l’été, les prix du pétrole et du gaz se sont envolés. Ils font naître des inquiétudes face à des difficultés de paiement de la facture énergétique des ménages pour le prochain hiver, notamment en Europe, et une pression inflationniste sur l’économie mondiale.

Yvan Cliche
Yvan Cliche Fellow, Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CERIUM) et consultant en énergie

Côté pétrole, les prix n’ont jamais été aussi élevés depuis 2014, un revirement spectaculaire alors qu’il n’y a pas si longtemps, soit en avril 2020, ces prix plongeaient en zone négative, à la suite du déclenchement de la pandémie.

Quant au gaz, les prix actuels sont six fois plus élevés qu’à pareille date l’an dernier dans plusieurs pays européens.

Cette hausse spectaculaire des prix est due en bonne partie à la reprise économique postpandémie. Selon le Fonds monétaire international, l’économie mondiale devrait croître de 6 % cette année, contre moins de 3 % en prépandémie.

Et du côté de l’offre, les approvisionnements, un temps ralentis par la crise sanitaire, affichent des stocks réduits en raison du froid tardif de l’hiver dernier en Europe. Ils ont encore pour le moment de la difficulté à suivre la montée subite de la demande.

Avec cette ébullition, la production albertaine de pétrole a augmenté de presque 20 % entre août 2020 et août 2021.

Et les livraisons américaines de gaz naturel liquéfié durant les six premiers mois de l’année affichent une progression de plus de 40 % par rapport à 2020. Ces exportations lorgnent les marchés comme l’Asie, continent en pleine reprise économique et énorme consommateur d’énergie.

Des facteurs locaux sont aussi en cause pour expliquer la flambée des prix du gaz : en Grande-Bretagne, on rapporte qu’il a moins venté ces derniers temps, réduisant la contribution en électricité provenant des éoliennes en mer. Il a fallu combler ce manque à gagner avec du gaz, voire du charbon.

Les énergies renouvelables encore ciblées

La crise énergétique actuelle en Europe a permis à des commentateurs de cibler les politiques climatiques et le manque de fiabilité des renouvelables comme étant en partie responsables de la situation actuelle.

Cela semble être devenu un réflexe chez certains de blâmer les énergies renouvelables lors de crises énergétiques. Lors des pannes prolongées de février 2020 au Texas, à la suite d’une vague de froid sans précédent, plusieurs avaient montré du doigt les parcs éoliens, nombreux dans cet État, avec plus de 30 000 mégawatts de capacité installée, faisant du Texas le leader incontesté de cette forme d’énergie aux États-Unis.

Mais les analyses produites après coup sur les causes de cette crise avaient identifié essentiellement le manque de robustesse des équipements des centrales au gaz comme le facteur déterminant expliquant les défaillances du réseau.

Il n’est certes pas faux de dire que les énergies renouvelables doivent être couplées à une source d’énergie fiable et constante pour combler leur intermittence, et que la transition énergétique sera longue, difficile et inégale entre les pays, et qu’elle prendra du temps.

Mais les sources d’énergies renouvelables ont des avantages que le gaz n’apporte pas pour les endroits, comme en Europe, qui doivent importer massivement de l’énergie : une indépendance énergétique et une stabilité des prix.

Un hiver intéressant pour les ventes d’Hydro-Québec ?

Un autre facteur que cette crise met en relief est l’internationalisation des prix du gaz. Autrefois, le gaz se transportait sur de longues distances grâce à des gazoducs, donc sur des territoires délimités, pour alimenter un marché régional.

Avec la possibilité de le transporter par méthaniers sur tous les continents, le gaz devient une commodité dont les prix résultent davantage de transactions soumises aux aléas des marchés mondiaux.

Ce n’est pas sans intérêt pour nous, car le principal concurrent d’Hydro-Québec sur ses marchés d’exportation est le gaz, qui remplace le charbon comme carburant pour le fonctionnement des centrales de production d’électricité.

Comme le prix du gaz s’annonce passablement plus élevé cet hiver, on espère que cette conjoncture favorisera les exportations d’électricité propre de la société d’État.

Car celles-ci participent aux efforts de réduction des gaz à effet de serre dans le nord-est du continent et, en plus, contribuent significativement à l’ampleur du bénéfice net d’Hydro-Québec, et du dividende annuel qu’il verse au gouvernement.

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