La Coalition étudiante pour un virage environnemental et social (CEVES) et ses alliés marchent aujourd’hui dans une dizaine de villes du Québec avec plus de 108 000 étudiants et étudiantes en grève, pour répondre à l’appel de Fridays for Future d’exiger des dirigeants du monde des réparations aux populations et aux zones les plus touchées par les changements climatiques, des réductions drastiques des émissions de gaz à effet de serre (GES) dans le Nord global, l’équité vaccinale, l’annulation de la dette et le financement climatique. Ces mesures ne devraient être que le début d’un projet de décarbonation à l’échelle planétaire.

Rosalie Thibault Militante de la Coalition étudiante pour un virage environnemental et social (CEVES) à Montréal

À l’échelle humaine, l’intention de cette manifestation est de revigorer l’engagement de la société civile dans la lutte contre le réchauffement climatique en s’appuyant sur des bases solides de justice sociale pour aspirer à un réel changement systémique.

Pour l’atteinte d’une telle transformation de la société, le soi-disant Canada traîne de la patte. Depuis que le gouvernement de Justin Trudeau est au pouvoir, les émissions de gaz à effet de serre du pays n’ont fait qu’augmenter (si on exclut le ralentissement économique forcé par la COVID-19). Les libéraux ont refait campagne cette année avec une promesse vieille de 2015, qui est de supprimer progressivement les subventions à l’industrie des combustibles fossiles, alors qu’il a octroyé près de 18 milliards de dollars à l’industrie fossile l’année passée.

Cela fait six ans que Justin Trudeau nous berce de ses paroles dans son inaction climatique et nous avons maintenant moins de 10 ans pour atteindre la carboneutralité. Le temps presse, nous devons contraindre son gouvernement de prendre ses responsabilités en termes de gestion de crise pour ce nouveau mandat. Le gouvernement québécois doit également être talonné par la société civile pour augmenter son ambition de réduction de GES, ce qui signifie ultimement d’abandonner le projet de troisième lien à Québec et de cesser les subventions à l’élargissement du réseau gazier. Le palier municipal ne doit surtout pas être oublié, compte tenu des élections à venir en novembre.

La CEVES se mobilise donc pour exiger aux trois ordres de gouvernement l’atteinte de la carboneutralité d’ici 2030, dans le but que cette transition vers une société sobre en carbone se fasse en privilégiant le bien-être de toutes les populations et en préservant la sécurité sociale et économique des travailleurs.

Vu le scénario de réchauffement de 4 °C dans lequel nous nous enfonçons faute d’actions concrètes des États, les migrations climatiques se feront de plus en plus fréquentes. La justice climatique passe donc aussi par la régularisation du statut de toutes les personnes migrantes par les États, afin qu’elles puissent obtenir un statut permanent et bénéficier des mêmes privilèges, droits et services que les citoyens canadiens, et par l’ouverture des frontières.

Pour dévier de cette trajectoire dramatique, la souveraineté ancestrale des premiers peuples pour la protection de la Terre-Mère est primordiale. Jusqu’à présent, la résistance autochtone est la seule action climatique concrète qui est à la hauteur de la crise. Leur combat contre les énergies fossiles a permis de stopper ou retarder jusqu’à l’équivalent d’au moins un quart des émissions annuelles des États-Unis et du Canada. La reconnaissance pleine et entière du droit des premiers peuples à l’autodétermination et le respect de leur souveraineté sur leurs territoires ancestraux non cédés sont donc inhérents à la justice climatique.

La lutte autochtone est cependant réprimée violemment par la GRC comme nous en avons été témoins avec le peuple wetʼsuwetʼen qui bloquait la construction du pipeline Trans Mountain. La protection des forêts anciennes de l’exploitation forestière à Fairy Creek est pareillement entravée en ce moment même par les interventions policières. Ainsi, une justice climatique requiert également le réinvestissement du budget des forces policières – qui sont, depuis leur création, ancrées dans des idéologies racistes et coloniales – dans les services dont la population a réellement besoin, soit les services en santé mentale, en réinsertion sociale, en logement social, en désintoxication. Une justice climatique requiert aussi la démilitarisation des forces policières afin d’offrir un contexte préventif et transformateur plutôt que punitif au crime.

La crise climatique n’existe pas isolément. Elle est reliée et amplifiée par d’autres crises telles que le racisme, le sexisme, le capacitisme et l’inégalité de classe, et vice versa. Il est donc temps de sortir de notre isolement pour faire partie de quelque chose de plus grand que nous, d’un mouvement collectif à l’intersection de ces enjeux. Cet évènement doit s’inscrire dans un effort soutenu et grandissant de mobilisation pour maintenir la pression sur les décideurs politiques à prioriser le bien commun.

La COP26 arrive à grands pas et le Canada devra rendre des comptes quant à son engagement pour l’accord de Paris de réduire ses émissions de GES suffisamment pour ralentir le réchauffement de la planète à 1,5 °C, mais les nouvelles cibles du gouvernement sont insuffisantes(1) pour respecter celui-ci. Pour pousser le Canada à rehausser l’ambition lors de cet évènement crucial qu’est la conférence des parties, d’autres mobilisations auront ainsi lieu en novembre prochain.

(1) Consultez le site Climate Action Tracker (en anglais) Qu'en pensez-vous? Exprimez votre opinion