L’annonce du 20 septembre de la sélection d’Hydro-Québec en vue de la négociation d’un contrat d’exportation d’électricité avec l’État de New York, pour le projet nommé le Champlain Hudson Power Express (1250 mégawatts sur 25 ans à partir de 2025), se distingue à plus d’un titre.

Yvan Cliche
Yvan Cliche Fellow, Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CÉRIUM) et consultant en énergie

L’électricité qui y sera acheminée n’aura pas à transiter via un État intermédiaire, souvent peu disposé à voir des lignes de transport traverser son territoire au profit d’un autre État. Au surplus, la ligne sera essentiellement enfouie sous terre ou sous l’eau, rendant moins opérante toute opposition basée sur une atteinte au paysage.

L’entente contient des enveloppes financières visant à apporter des bénéfices concrets à des populations souvent oubliées des projets énergétiques.

Enfin, un tel contrat à venir entre le plus grand fournisseur d’énergie renouvelable du continent (Hydro-Québec) et un des plus gros marchés de consommation (New York) aura des effets structurants dans le marché nord-américain de l’électricité.

Proximité géographique d’abord : rappelons qu’avec le contrat signé en 2018 avec le Massachusetts (livraison de 1200 mégawatts par an sur 20 ans à partir de 2022), le premier projet soumis et accepté par le client avait été rejeté par le New Hampshire par lequel il devait transiter (projet Northern Pass).

Une deuxième version a ensuite été retenue, avec cette fois un tracé passant par le Maine (projet New England Clean Energy Connect). Or, même si les autorisations pour ce projet sont acquises, Hydro-Québec fait tout de même face présentement à une opposition dans cet État, avec un référendum prévu en novembre.

La situation n’est pas la même avec l’État de New York : notre voisinage géographique élimine cet obstacle d’une population tierce à convaincre pour faire passer les lignes.

Une longue relation

Hydro-Québec échange au quotidien de l’énergie électrique avec New York depuis plus de 100 ans, que ce soit via des contrats à long terme ou des transactions à court terme.

Et notre voisin new-yorkais, il faut le dire, affiche d’ambitieux objectifs de décarbonation et se positionne comme un leader mondial dans le domaine : 100 % de son électricité devra être propre en 2040, avec en parallèle une réduction visée de 85 % de ses émissions de gaz à effet de serre en 2050 relativement au niveau de 1990. Ce sont des objectifs difficiles à atteindre, car l’État part de loin : plus de 70 % de son électricité est présentement produite avec des énergies émettrices de gaz à effet de serre.

Bénéfices pour les populations marginalisées maintenant : toute la réflexion autour de la transition énergétique des hydrocarbures vers les énergies renouvelables a fait apparaître des besoins criants de justice sociale.

De plus en plus, les plans de transition s’accompagnent de mesures pour que les bénéfices soient partagés de la manière la plus équitable possible sur le plan socio-économique pour les communautés impactées et celles trop souvent marginalisées. Ce projet entre Hydro-Québec, son partenaire américain Transmission Developers et New York semble en faire grand cas.

Il prévoit notamment un Fonds pour une économie verte de 40 millions de dollars américains, qui « offrira aux résidents des collectivités défavorisées et de première ligne des possibilités de formation aux nouveaux emplois qui découleront de la transition de l’État de New York vers une économie verte », souligne le communiqué d’Hydro-Québec.

Sans compter, ici, de notre côté de la frontière, l’implication de la communauté autochtone des Mohawks, qui sera copropriétaire de la ligne construite sur la portion québécoise.

Effet structurant enfin : cette entente, si elle se réalise, avec une hydroélectricité pouvant être fournie en tout temps, favorisera la pénétration d’autres énergies renouvelables mais intermittentes (éolien, solaire). Elle permettra, ce faisant, à l’État de New York de gérer de manière plus fiable en temps réel l’équilibre offre-demande de son réseau électrique.

De plus, la réalisation de ce projet accélérera l’intégration du réseau de transport d’électricité nord-américain. Pour décarboner la production d’électricité d’ici 2035, un objectif clé de l’administration actuelle à Washington, il faut impérativement un plus grand maillage entre les réseaux électriques, qui opéreront ainsi à moindre coût et avec plus de fiabilité. Et avec moins d’émissions de gaz à effet de serre, puisque les bénéfices tirés des ressources renouvelables d’un territoire pourront être plus largement partagés avec les territoires voisins.

Les autorités canadiennes et américaines le savent : les deux pays ont signé cette année un Protocole d’entente en matière d’énergie qui souligne l’importance « d’encourager la construction d’installations de transport transfrontalier d’énergie propre ». Cette entente entre Hydro-Québec et l’État de New York préfigure donc bien la relation de plus en plus étroite qui devra se réaliser sur le plan électrique entre le Canada et son voisin américain.

Et elle confirme le rôle déterminant que l’hydroélectricité québécoise est appelée à jouer dans le secteur énergétique du nord-est du continent.

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