Au début de la première vague de la pandémie de COVID-19, les urgences du CHU Sainte-Justine se sont adaptées, comme tous, au mode de travail « pandémie » : équipements de protection individuelle et circuits de patients froids, tièdes et chauds. Au printemps 2020, les lieux étaient des couloirs de bâches. Un labyrinthe étouffant de pellicule plastique rappelant des hôpitaux de lignes de front lors de crises humanitaires, mais, contrairement à ces derniers, très peu achalandé. Les enfants étaient peu atteints et les parents avaient peur de consulter.

Joanne Liu
Joanne Liu Professeure agrégée à l’Université de Montréal et ancienne présidente de Médecins sans frontières, et 18 autres médecins signataires*

Aujourd’hui, nous faisons face à d’autres enjeux : nos urgences débordent. Il prend plusieurs heures pour être trié par une infirmière. Les aires d’attente sont pleines de petits patients dormant dans leur poussette, assommés par la fièvre, pendant d’interminables heures. Une cacophonie incessante d’appels de noms d’enfants au micro ajoute à l’ambiance surchargée. Actuellement, l’achalandage aux urgences de Sainte-Justine bat son plein avec des professionnels et un personnel sur les rotules après plus de 18 mois de travail épuisant et, comme partout ailleurs, une pénurie de personnel.

Les dessous de la vague

La quatrième vague de COVID-19 est réelle et bien amorcée malgré un taux vaccinal au-dessus de 84 % sur l’île de Montréal. Heureusement, à ce jour, les enfants demeurent généralement épargnés par la COVID-19 en termes de sévérité des symptômes. Cependant, une multitude d’infections virales s’ajoute actuellement aux patients atteints de la COVID-19. Avec la reprise de la socialisation, la rentrée et le retour des vacances, la transmission communautaire des virus d’hiver est en plein essor. Un véritable boom !

Depuis le printemps 2020, les enfants de moins de 24 mois ont été isolés, loin des virus respiratoires et de la gastro-entérite et ils n’ont pu développer d’immunité contre ceux-ci. Les choses ont changé : les plus petits qui ont recommencé à fréquenter les garderies et les écoles primaires sont frappés dur, très dur.

Les enfants se tapent des infections virales à répétition. Les parents sont inquiets, les enfants ont peine à récupérer.

Le système de santé québécois, toujours en mode de fonctionnement COVID-19, avec son lot de restrictions pour les activités en cliniques externes, peine à répondre aux besoins. Plusieurs parents nous relatent leurs parcours du combattant pour pouvoir trouver un médecin lorsque leur enfant présente des symptômes infectieux.

Points de réflexion

L’apparition des virus respiratoires en été est exceptionnelle. Ces virus ne sont pas nécessairement bénins : ils entraînent leur lot de complications, particulièrement chez les bébés, les personnes âgées et les personnes immunosupprimées.

Il existe des moyens pour se protéger des infections virales et il est impératif de les appliquer. On doit continuer à encourager la vaccination contre la COVID-19, mais également devancer la disponibilité des vaccins contre l’influenza et la protection contre le virus respiratoire syncytial (VRS) pour les personnes à plus haut risque.

Bien que la reprise de la socialisation soit bénéfique, il reste important de minimiser les contacts des personnes qui présentent des symptômes de rhume, de grippe ou de fièvre, même si le test de dépistage pour la COVID-19 s’avère négatif. Ces infections surchargent un système de santé déjà éprouvé.

L’accès à la première ligne en présentiel, en passant par les CLSC et les cliniques, doit être priorisé et facilité pour soutenir les urgences et désengorger un système malade.

La quatrième vague va bien au-delà du décompte des cas de COVID-19 et de ses hospitalisations. La salle des urgences du CHU Sainte-Justine n’a jamais été aussi occupée. Notre système de santé est au bord du précipice. Nous devons regarder le portrait global si nous voulons éviter collectivement de nous noyer dans cette quatrième vague : urgences débordées, personnel épuisé, parents dépassés, petits patients vus après une longue attente.

*Cosignataires : DMichael Arsenault ; DBenoit Bailey ; DBenoit Carrière ; Dre Marie Pier Desjardins ; DAntonio D’Angelo ; Dre Lydia Diliddo ; Dre Nathalie Gaucher ; DSerge Gouin ; DJocelyn Gravel ; Dre Mélanie Labrosse ; Dre Guylaine Larose ; Dre Arielle Levy ; Dre Sarah Mousseau ; DHugo Paquin ; Dre Maude Poitras ; DMichel Roy ; Dre Marisol Sanchez et Dre Evelyne D. Trottier

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