Tout comme beaucoup d’entre vous, les mots m’ont manqué quand j’ai pris connaissance du fait que le Conseil scolaire Providence (qui regroupe 30 écoles francophones du Sud-Ouest de l’Ontario) avait éliminé plusieurs milliers de livres de ses rayons jugés offensant pour les peuples autochtones1.

C’est venu me chercher personnellement alors que plusieurs de mes collègues et moi travaillons étroitement avec différentes universités pour tendre vers la compétence 15 – valoriser et promouvoir les savoirs, la vision, la culture et l’histoire des Autochtones – mise de l’avant par le Conseil en éducation des Premières Nations, l’Institut Tshakapesh et le Centre de développement de la formation et de la main-d’œuvre huron-wendat2.

Les milieux d’enseignement sont à mon sens un lieu important du développement de l’esprit critique chez les jeunes et moins jeunes.

Ce n’est pas en brûlant des livres ou en les retirant des rayons de quelconque façon que nous pourrons éveiller les consciences au sujet des peuples autochtones.

Il aurait été, à mon avis, plus approprié de prendre le temps d’expliquer pourquoi une œuvre est jugée inadéquate en y insérant une note. Comment avancer en faisant fi de l’éducation possible qu’aurait pu générer une telle approche ? Se poser des questions du genre : est-ce que le langage utilisé est péjoratif ? Est-ce que l’auteur ou l’autrice présente des jugements de valeur ? Est-ce que l’auteur ou l’autrice présente des interprétations eurocentriques ? Etc.

Pour balancer les choses, il aurait été possible de mettre à la disposition de ces élèves des ressources présentant des contenus authentiques au sujet de la culture et de l’histoire autochtones et de leur demander de comparer les différences qu’ils y notent, les similitudes, les mots utilisés plutôt que d’autres, bref leur permettre d’apprendre. En retirant les œuvres, cela empêche de les placer dans son contexte. De se rappeler comment les peuples autochtones ont été vus, perçus, interprétés. À force d’épurer, nous pourrions avoir la tentation de romancer le passé. De prendre une distance sur les traumas vécus par les peuples autochtones. De les rendre intangibles. Est-ce vraiment cela que nous voulons ?

Je suis consciente que le Conseil scolaire s’est entouré d’un comité de travail qui s’est penché sur le processus. Que des « gardiens du savoir » ont contribué à celui-ci.

Cependant, il est important de retenir que les propos avancés par un individu, peu importe son statut, ne reflètent pas nécessairement la vision que porte la Nation à laquelle il affirme appartenir.

Si le but recherché est véritablement la réconciliation, ce n’est pas en effaçant le passé que nous y parviendrons. Les élèves et les étudiants méritent que nous leur fassions davantage confiance. Qu’en leur offrant un coffre à outils varié, ils puissent distinguer par eux-mêmes l’authentique du folklore, des réalités plutôt que des préjugés, des savoirs valorisés au lieu du mépris, et pourront expliquer pourquoi il en est ainsi.

Ils auront donc tiré des apprentissages qui les guideront manifestement dans le regard critique qu’ils porteront sur divers enjeux.

Wliwni (se dit olé-oné), merci !

Wli nanawalmezi ! Prends bien soin de toi !

1 Lisez « Des écoles détruisent 5000 livres jugés néfastes aux Autochtones, dont Tintin et Astérix » 2 Consultez le site du Conseil en éducation des Premières Nations