Une femme qui s’affirme ou qui s’exprime avec un manque de tact n’est toujours pas perçue de la même manière qu’un homme qui a le même comportement.

Mariane Bourcheix-Laporte
Mariane Bourcheix-Laporte Doctorante en communications, Vancouver

Comme beaucoup, j’ai été outrée d’apprendre le congédiement déguisé en retraite anticipée de Pascale Nadeau. On connaît peu de détails sur les évènements qui ont mis un terme, momentanément ou définitivement, à la carrière de la cheffe d’antenne de Radio-Canada. Cependant, certaines versions des faits, dont celle de la principale intéressée, portent à croire qu’il y aurait abus de pouvoir ou de vigilance chez les patrons de la télévision d’État. La mise à pied de Pascale Nadeau a suscité chez moi plusieurs questions d’éthique, mais aussi de la tristesse à l’idée de perdre le repère télévisuel qu’elle a été.

J’ai 33 ans, soit le nombre d’années qu’a travaillé Pascale Nadeau à Radio-Canada. Les bulletins de nouvelles de la télévision d’État ont fait partie de la trame sonore de mon enfance. J’ai des souvenirs nets de ma mère qui, dans les années 1990, faisait le souper en écoutant le Téléjournal de 18 h avec Pascale Nadeau. Enfant, j’admirais celle que je voyais tous les jours relayer de l’information que je comprenais à peine, mais que je savais avoir une importance capitale pour mes parents. Je m’imaginais, moi aussi, cheffe d’antenne, et jouais à la journaliste de terrain qui donnait la réplique à Pascale Nadeau.

Je ne suis pas devenue journaliste, encore moins cheffe d’antenne, mais Pascale Nadeau a toujours été un modèle pour moi. Un modèle de femme qui a bâti une brillante carrière dans un domaine encore trop masculin.

Combien de femmes de leadership et de savoir voit-on au petit écran ? Combien de femmes voit-on vieillir au petit écran ? La réponse à ces questions est certes plus encourageante qu’il y a 20 ou 30 ans, mais il y a encore du chemin à faire pour atteindre la parité dans la représentation des genres.

Au cours de sa carrière, Pascale Nadeau a réussi l’exploit d’avoir de l’assurance et de la crédibilité et en tant que femme plus jeune, et en tant que femme plus âgée. C’est un privilège que les médias n’accordent que trop rarement aux femmes, encore moins aux femmes qui occupent un poste qui requiert de l’autorité.

Devant l’absurdité de la situation, qui m’a poussée à écrire cette lettre, je ne peux que me poser les questions suivantes :

Si Pascale avait été Pascal, la personne anonyme qui a déposé la plainte aurait-elle même levé un sourcil en entendant son ton sec et ses propos cassants ? Si Pascale avait été Pascal, les ressources humaines de Radio-Canada auraient-elles donné suite à la plainte avec autant de zèle ? Si Pascale avait été Pascal, les sanctions disciplinaires appliquées auraient-elles été aussi sévères ?

Une femme qui s’affirme ou qui s’exprime avec un manque de tact n’est toujours pas perçue de la même manière qu’un homme qui a le même comportement. Les mœurs sociales ont beau avoir évolué, notre inconscient collectif accorde encore aux hommes plus de laxisme au département des échanges interpersonnels. On peut donc se demander si on a ici affaire à un exemple de gestion « deux poids, deux mesures ». Combien d’hommes ont-ils fait l’objet d’une plainte semblable ? Combien d’entre eux occupent-ils toujours leur poste ? Pourquoi Pascale Nadeau n’est-elle pas assise à son bureau de cheffe d’antenne ?