Avec ce 15e évènement à Saint-Hyacinthe il y a quelques jours, l’actualité met en évidence une augmentation significative des cas de violence envers les femmes au Québec. Cela est effroyable. De plus, nous savons très bien que pour une histoire révélée, il y en a probablement des dizaines, voire des centaines d’autres cachées. C’est pourquoi il est urgent de prendre conscience et de comprendre ce phénomène.

Frankie Bernèche
Frankie Bernèche Professeur de psychologie, cégep Saint-Jean-sur-Richelieu

Il serait facile de croire que la société est la seule responsable de ces crimes. La place faite aux femmes est souvent questionnable (ex. iniquité salariale, partage des responsabilités familiales, attribution des rôles de pouvoir décisionnel, etc.), car elle semble motivée par une estimation moindre de le leur importance par rapport aux hommes. Toutefois, une analyse sociologique des crimes conjugaux ne serait que partielle et incomplète, car elle ne pourrait engendrer à elle seule le moindre changement dans le phénomène des féminicides.

Aborder la violence conjugale uniquement sous l’angle sociétal contribue aussi à contaminer les rapports hommes-femmes qui se portent bien. Plusieurs ont l’impression qu’en tout homme se cache un « agresseur potentiel ». Mais nous nous trompons. Il y en a des hommes sains, bienveillants, respectueux et tout à fait à l’aise dans un rapport égalitaire. Des hommes qui s’indignent de voir toute cette oppression envers les femmes. Des pères, des conjoints, des fils qui n’endossent pas cette violence, qui sont prêts à se battre pour l’intérêt des femmes et qui parfois peuvent se culpabiliser de ces crimes commis par d’autres hommes compte tenu de leur appartenance à un genre sexuel peu reluisant.

Oui, il est indéniable que la société module le rapport homme-femme au désavantage des femmes, mais lorsque nous parlons de voies de fait et de meurtre, nous devons nécessairement aborder l’enjeu d’un point de vue psychologique. Il est également important de réaliser que tous les agresseurs sont psychologiquement anormaux. Ils présentent tous des troubles en santé mentale qui généralement résultent de traumatismes psychoaffectifs liés à leurs vécus.

Les motivations psychologiques

Pour comprendre le phénomène de la violence conjugale, il faut nécessairement plonger au plus profond des motivations internes qui poussent un homme déséquilibré à vouloir s’attaquer à une femme. Nous devons aussi réaliser que le besoin obsessif de domination de l’homme violent ne constitue pas sa motivation première. En fait, sa principale motivation est sa peur. L’homme violent est un enfant terrorisé par la peur. Il est envahi d’une crainte profonde qui émane d’une enfance phobogène. Je ne veux surtout pas ici victimiser l’homme violent, car il s’agit toujours d’un choix de vie. Il a choisi de fuir son passé sans le régler. Il n’a pas réalisé que « tout ce que l’on fuit nous poursuit ».

Or, figé dans le temps, figé dans ses traumatismes, l’homme violent ne peut jamais évoluer. Au contraire, pour faire face à ses traumatismes non résolus, il a développé une structure de personnalité trouble qui le maintient dans le dysfonctionnement.

Il a choisi de se « barricader » derrière des mécanismes de défense. Une barricade tellement lourde et épaisse qu’aucune émotion négative ne peut y pénétrer consciemment. Ainsi protégé de toute culpabilité, cela lui confère une légitimité à agir de la sorte.

Incapable de tout attachement, l’homme violent installe rapidement une dynamique fusionnelle avec sa nouvelle conjointe. L’objectif de la relation étant que la conjointe compense tous ses manques. Ainsi, la femme n’est pas perçue comme une personne à part entière, mais bien comme un complément (une béquille) à ses manques, un objet dont la servitude doit être totale et inconditionnelle. Et c’est lorsque la femme veut se libérer de cette emprise que l’homme passe à l’action. Nous sommes donc loin, très loin d’une relation saine et équilibrée dans ce contexte.

L’intimité véritable

Un couple sain et assouvissant demande nécessairement l’établissement d’une réelle intimité. En fait, il y a peu d’intimité possible si les trois conditions suivantes ne sont pas réunies, soit : un profond dévoilement (se livrer à l’autre en toute confiance, communiquer en toute franchise), le partage d’une sexualité respectueuse, pleine et entière et un réel bien-être dans l’isolement.

En effet, même si cela peut paraître paradoxal, il faut être bien seul (isolément) pour pouvoir être bien à deux. L’homme qui se sent comblé en lui-même, complet, unique et autonome ne se sentira pas menacé par l’individualité et la distance momentanée de sa conjointe. Au contraire, il en sera valorisé, car il réalisera que sa conjointe forte et autonome l’a réellement choisi. Ainsi, il réalisera alors que si sa conjointe l’a choisi délibérément, c’est qu’il a certainement de la valeur. La valeur d’un homme respectueux, sensible et amoureux. Ces valeurs à partir desquelles ses propres enfants orienteront leurs idéaux de vie de couple.