L’auteure s’adresse à la ministre fédérale de la Santé, Patty Hajdu

Tanya Handa
Tanya Handa Présidente, Fondation du Mont-Saint-Bruno

Madame la ministre Hajdu, la Fondation du Mont-Saint-Bruno s’oppose catégoriquement à l’augmentation du glyphosate sur le sol canadien, telle que proposée par Santé Canada (PMRL 2021-10).

Située dans la grande région montréalaise, la Fondation contribue à la conservation du mont Saint-Bruno et des milieux naturels de son pourtour par la sensibilisation, la mobilisation et la veille du milieu.

Le discours actuel sur l’impact du glyphosate est plutôt axé sur la santé humaine, mais qu’en est-il de la biodiversité ? De multiples études1 démontrent qu’en augmentant le glyphosate, la quantité de dioxines et de phosphore augmente aussi dans les écosystèmes. S’en suit la disparition des abeilles, entre autres espèces, et l’eutrophisation qui mène aux algues bleues dans nos cours d’eau.

Tout corridor écologique dépend d’une source principale qui donne vie à la biodiversité de la région, ce que les scientifiques appellent les « populations sources ». Dans le sud du Québec, les Montérégiennes, dont le mont Saint-Bruno, sont des populations sources importantes qui contribuent à la biodiversité des corridors écologiques.

La région du mont Saint-Bruno est entourée de terres agricoles. Ses écosystèmes sont déjà fragilisés par l’agriculture industrielle, l’étalement urbain et le réchauffement climatique. Il ne faut surtout pas ajouter à son stress en autorisant une augmentation de la quantité de glyphosate.

Il semble contre-productif d’investir massivement dans le système de santé quand on augmente la pollution de l’air, des sols et de l’eau en utilisant des pesticides ou autres produits qui contiennent du glyphosate, dont le Roundup, qui est déjà sous la loupe judiciaire mondiale à cause de son impact cancérigène.

C’est pourquoi la Fondation du Mont-Saint-Bruno demande à Santé Canada non seulement de ne pas autoriser l’augmentation du glyphosate au pays, mais aussi d’en réduire l’utilisation progressivement jusqu’à ce qu’il soit remplacé par un produit ou des pratiques alternatives et innovantes qui ne mettent pas à risque la biodiversité du pays ni la santé de ses citoyens.

1 À titre d’exemples : une étude publiée dans la revue Nature Ecology and Evolution par Fugère et collaborateurs en 2020 a démontré que le glyphosate mène à un déclin de la biodiversité des communautés de phytoplancton. Dans une étude publiée dans la revue Frontiers in Plant Science, les chercheuses Golt & Wood (2021) en Colombie-Britannique démontrent que l’application de glyphosate en foresterie mène à une stérilité accrue du rosier indigène et sauvage du sous-bois Rosa acicaularis. Ce ne sont que deux études parmi tant d’autres.