L’approche gouvernementale voulant inciter les personnes réfractaires à aller se faire vacciner s’avérera très peu efficace pour la simple et unique raison qu’elle ne tient pas compte des réelles motivations qui incitent à la résistance vaccinale.

Frankie Bernèche
Frankie Bernèche Professeur de psychologie, cégep de Saint-Jean-sur-Richelieu

Toutes les mesures entreprises ne donneront que peu d’effets tant et aussi longtemps que nous n’admettrons pas que pour plusieurs personnes, l’enjeu réel de la résistance au vaccin n’est pas le vaccin en soi, mais bien l’opposition à l’obligation d’être vacciné.

La réactance

Nous parlons du concept de « réactance » pour décrire un mécanisme par lequel l’individu s’oppose à toute instruction, non pas parce qu’il conteste l’objet de la directive, mais parce qu’il y a une directive émise. Tentez d’attraper une poule en liberté. Que se passera-t-il ? Plus vous courrez vers elle, plus elle s’activera pour ne pas être capturée.

Autrement dit, les gens ne s’opposent pas au vaccin, mais bien au fait qu’on leur demande d’être vaccinés. Et plus on met en place des mesures contraignantes, plus ils s’y opposeront.

Bref, l’enjeu dans la réactance n’est pas l’objet du débat (vaccin ou pas), mais bien le sentiment qui s’y rattache. Un sentiment qui souvent tourne autour du fait que la personne ne se sent pas en contrôle, se sent sous-estimée, infantilisée.

Or, c’est exactement ce qui se produit avec la loterie vaccin. Les « réactants » se sentent davantage dévalorisés, car cette stratégie gouvernementale, qui en passant ne laisse qu’une chance sur six millions de gagner, ne fait que raviver le sentiment que quelqu’un, quelque part les considère un peu idiots.

L’encadrement dynamique

Les personnes réfractaires au vaccin manifestent une opposition sur le plan émotif et non sur le plan cognitif. Ils comprennent très bien dans leur for intérieur que le vaccin est une solution, mais n’arrivent pas à accepter la règle, car s’ils le font, ils confirmeront à leur entourage (et surtout à eux-mêmes) que l’on décide encore pour eux, qu’ils n’ont toujours pas le contrôle sur la situation, sur leur vie. C’est donc à ce sentiment que l’on doit s’adresser, sentiment qui en passant est souvent justifié compte tenu de leurs expériences passées.

En fait, l’approche idéale est d’arriver à faire accepter le vaccin tout en préservant le sentiment de pouvoir décisionnel des gens.

D’une part, le gouvernement doit clairement signifier que le vaccin est obligatoire, car il protège la population d’un virus mortel (volet encadrement). Toutefois, les gens doivent aussi ressentir qu’ils peuvent décider d’adhérer à la règle ou non (volet dynamique). Les gens peuvent choisir de ne pas avoir recours au vaccin, mais ils devront respecter l’encadrement normal imposé par les règles de vie en communauté (ex : non-accès à certaines activités, etc.). En ce sens, le passeport vaccinal devient alors l’outil qui s’avérera le plus efficace.