Je suis heureux d’annoncer aux Montréalais qu’il n’y a actuellement aucun cas connu de COVID-19 parmi la population itinérante de notre ville.

James Hughes
James Hughes Président et directeur général de la Mission Old Brewery

Depuis le début de la pandémie, la Mission Old Brewery gère les installations d’isolement pour les hommes, les femmes et les personnes transgenres sans-abri. Notre Zone rouge pour ceux qui ont été déclarés positifs est actuellement vide. Au cours des huit dernières semaines environ, une ou deux personnes se sont isolées dans notre Zone orange en attendant les résultats de leurs tests, ainsi que dans notre Zone jaune pour faire confirmer un résultat négatif, mais nous sommes heureusement libres de toute activité dans la Zone rouge.

Les Montréalais se souviendront qu’au plus fort de la deuxième vague, aux mois de décembre et de janvier, les éclosions qui se sont déclarées dans les centres d’hébergement ont entièrement rempli la Zone rouge. On a dû faire appel à la Croix-Rouge pour exploiter des installations d’isolement supplémentaires. Une campagne de sensibilisation musclée s’en est suivie afin de réclamer au gouvernement provincial qu’il accorde la priorité aux personnes sans-abri dans le cadre du programme de vaccination qui avait été annoncé. À l’époque, seuls les travailleurs de la santé et les personnes âgées dans les foyers de soins de longue durée avaient été classés dans la catégorie prioritaire.

La Mission Old Brewery et ses partenaires ont été heureux de la réponse positive et rapide du gouvernement à notre recommandation. Les autorités ont reconnu que le fait d’être en situation d’itinérance exposait les personnes à un risque accru d’attraper le virus et que la seule réponse viable était de leur donner un accès rapide aux vaccins disponibles.

Depuis la fin du mois de janvier, des centaines de personnes sans-abri ont reçu leur première et même leur deuxième dose de vaccin. Des infirmières de santé publique sont venues dans de nombreux refuges pour offrir le service de vaccination sur place. Notre personnel a fait tout ce qui était en son pouvoir pour encourager les hommes et les femmes qui utilisent nos installations à se faire vacciner. Et beaucoup ont été vaccinés. Le résultat est une Zone rouge vide (du moins pour le moment).

Cela dit, de nombreuses personnes sans-abri n’ont pas été vaccinées. Plusieurs raisons expliquent ce refus, mais les deux que nous entendons le plus souvent sont la crainte que le vaccin interagisse négativement avec un régime de médicaments existant et la méfiance à l’égard des affirmations gouvernementales selon lesquelles le vaccin est vraiment sûr et efficace. Aucune de ces réactions n’est illégitime ou déraisonnable lorsqu’on se rappelle les expériences lamentables que beaucoup de ces personnes ont vécues (et continuent de vivre) au sein du système de santé québécois.

Les refuges représentent le filet de sécurité sociale sous le filet de sécurité sociale, offrant des services et un soutien à ceux que les institutions publiques n’ont pas pris en charge ou ont complètement oubliés.

Ce qui m’amène à parler de la proposition du gouvernement Legault d’exiger un « passeport vaccinal » pour les services non essentiels dans la province. Nous ne prenons pas position pour ou contre cette proposition, mais nous avons deux préoccupations majeures. La première concerne la définition des services essentiels par rapport aux services non essentiels. Actuellement, la liste des services essentiels n’inclut pas le logement, qu’il soit temporaire, transitoire ou permanent. Toutes ces catégories devraient être explicitement ajoutées à la liste des services essentiels afin de garantir que les personnes sans-abri ne se voient pas refuser le droit de visiter une résidence potentielle ou de signer un bail sous prétexte qu’elles n’ont pas ce passeport.

De même, les personnes en situation d’itinérance chronique se déplacent beaucoup : pour se sentir en sécurité, elles peuvent utiliser les services d’un refuge, s’abriter dans une station de métro, un parc public, le vestibule d’un bâtiment inutilisé ou dans une gare routière, le tout au cours du même mois. L’un de ces espaces sera-t-il considéré comme non essentiel et nécessitera-t-il donc un passeport vaccinal ?

Il est important de rappeler que les personnes sans-abri sont déjà confrontées à plusieurs niveaux de discrimination lorsqu’il s’agit de l’utilisation des espaces publics. Elles reçoivent un nombre disproportionné de contraventions pour avoir enfreint des règles municipales opaques telles que la nuisance, le vagabondage, le flânage et le non-respect des feux de circulation en tant que piéton (contraventions qu’elles ne peuvent souvent pas et ne pourront jamais payer). Il est donc très important que les autorités soient très claires et précises dans tout cadre réglementaire, législation et réglementation pour protéger le droit des hommes, femmes et personnes trans sans-abri à utiliser ces espaces.

Ce serait le comble de l’ironie si le passeport vaccinal finissait par devenir un obstacle qui empêche les personnes en situation d’itinérance d’exercer légitimement l’un de leurs droits.