Certains Français accusent le passeport vaccinal d’être une mesure nazie. Au Québec, certains groupes font le même amalgame pour dénoncer la Loi sur la laïcité de l’État. Au début de l’été, des porte-parole autochtones ont affirmé que leur communauté avait trouvé des charniers autour d’anciens pensionnats, alors que d’autres ont déclaré qu’il s’agissait d’un génocide.

Patrick Howe
Patrick Howe Spécialiste en affaires publiques et en communication corporative au sein de la firme Consulat RP*

De nos jours, nous pouvons avoir l’impression que des porte-parole ne peuvent se passer de superlatifs qui leur permettront de figurer en tête du bulletin de nouvelles. Mais la tactique n’est pas récente. L’homme politique Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, qui a servi sous le roi Louis XVI, avait pourtant prévenu ses contemporains des dangers de se lancer dans l’extrémisme avec sa célèbre citation : « Tout ce qui est excessif est insignifiant. »

Visiblement, les communicateurs qui conseillent certains groupes de pression auraient intérêt à relire le code de déontologie de leur association professionnelle quand ils préparent leur communiqué de presse. Celui de la Société québécoise des professionnels en relations publiques est très clair à ce sujet : « le professionnel en relations publiques ne doit pas soutenir de prétentions exagérées ou faire des comparaisons injustes […] ».

Crier au loup pourrait créer un effet boomerang néfaste pour la cause

En juin, la « découverte » du cimetière de Marieval et des tombes non marquées de 751 enfants autochtones enterrés sur le terrain de l’ancien pensionnat de Saskatchewan a suscité un grand émoi chez la population canadienne. Certains porte-parole n’ont pas hésité à parler de « charniers », une affirmation qui a été reprise par plusieurs médias par la suite.

Le sort des enfants autochtones qui ont été retirés de force de leur famille puis placés dans ces pensionnats est une honte nationale. Il est impératif de faire la lumière autour des zones d’ombre de cette triste partie de notre histoire collective. Mais une tactique de communication controversée utilisée par les leaders de la communauté autochtone de Cowessess pourrait probablement nuire à la cause elle-même.

La CBC a diffusé la semaine dernière une nouvelle enquête sur le cimetière de Marieval1. Selon le journaliste Jorge Barrera, l’histoire serait beaucoup plus nuancée que celle qui a ému le monde entier. Il a découvert que le Centre national pour la vérité et la réconciliation avait enregistré huit décès d’élèves autochtones à Marieval, durant une période couvrant son ouverture, en 1898, jusqu’à sa fermeture, en 1997. Huit décès, alors qu’on en avait annoncé 750, représentent un écart si important que le journaliste a décidé d’approfondir ses recherches.

Il a trouvé un registre qui recense 450 enterrements durant la période d’activité du pensionnat, et non 750. L’âge des personnes enterrées varie entre 0 (les enfants morts à la naissance) et 100 ans et ils ne sont pas tous autochtones. Sachant que les pensionnats autochtones accueillaient des enfants qui avaient entre 7 et 15 ans, la CBC soulève l’hypothèse que seule une fraction des 450 personnes enterrées seraient en fait des pensionnaires autochtones.

De plus, une ancienne élève du pensionnat a affirmé que la communauté savait que des tombes se trouvaient à cet endroit ; ce n’était donc pas une macabre découverte contrairement à ce qui avait été dit à la conférence de presse du chef de la Première Nation de Cowessess.

Et tout laisse croire que les personnes décédées aient été enterrées dignement. Les petits drapeaux alignés qui révèlent l’emplacement des ossements indiquent qu’une sépulture ordonnée, voire respectueuse, a été accordée à ces personnes. Avec une moyenne de 4,5 morts par année, on est loin d’un « charnier », un terme utilisé par des porte-parole pour laisser entendre que les enfants autochtones aient été placés en grand nombre dans des fosses communes comme cela se faisait avec des prisonniers pendant la guerre.

Recourir à des formules fortes permet d’attirer l’attention des médias et de susciter l’adhésion d’un public déterminé à une cause. Le stratagème de communication qui vise à amalgamer des mots historiquement sensibles a malheureusement toujours existé et il repose sur la même démarche qui vise à frapper l’imaginaire.

Mais à trop vouloir crier au loup, à faire des comparaisons sensationnelles pour attirer l’attention ou à exagérer des faits, ces porte-parole finiront par nuire à leur propre cause. Les honnêtes citoyens qui ont été émotivement touchés par la découverte de ces cimetières autochtones pourraient avoir l’impression d’avoir été bernés et finiront par ne plus écouter ce qu’ils ont à dire.

* L’auteur est également président de la Société québécoise des professionnels en relations publiques (SQPRP), mais il s’exprime ici en tant qu’expert en relations publiques.

(1) Lisez « Tombes anonymes de Marieval : une réalité plus nuancée sur les personnes enterrées »