Ça fait 15 ans que je pratique comme infirmière. J’ai été infirmière sans frontières en Afrique, aux urgences, dans l’équipe volante, c’est-à-dire que j'ai couvert différents départements selon les besoins, j’ai été infirmière spécialisée en santé voyage au privé, à Info-santé et, finalement, dans une agence, où j’ai pratiqué comme infirmière-chef et gestionnaire en santé.

Julie Bourassa Infirmière-chef et gestionnaire en santé

Ça fait 15 ans qu’on répète les mêmes affaires : les conditions des infirmières sont épouvantables. Les temps supplémentaires obligatoires (TSO) sont utilisés à toutes les sauces par les gestionnaires. Les infirmières sont sous-payées. Quinze ans. Et qu’a fait le gouvernement depuis pour améliorer nos conditions ? Rien. Et aujourd’hui, on crache sur les agences de placement comme si c’étaient elles le problème.

Non, les agences ne sont pas fautives. Le gouvernement est le seul responsable par son inaction depuis trop d’années. Les agences sont le résultat d’un système malade. Les infirmières d’agence se retrouvent là parce qu’elles choisissent leur famille au lieu de leur travail.

Au nom de qui ou de quelle organisation devrions-nous sacrifier notre vie personnelle pour tenir à bout de bras un système qui s’effondre depuis le virage ambulatoire de Pauline Marois dans les années 1990 ? Quel autre professionnel accepterait de subir ce qu’on nous impose à nous, les infirmières ? Quel ingénieur ou quelle travailleuse sociale accepterait de faire 16 heures en ligne plusieurs fois par semaine ? Qui ? Quel journaliste accepterait ces conditions ?

À tous ceux qui crachent sur les agences, vous crachez à la face d’infirmières et d’infirmiers qui ont choisi un mode vie qui concilie famille et travail. À tous les patients qui pensent que les infirmières d’agence sont des paresseuses qui gagnent cher, non, nous ne sommes pas des paresseuses. On travaille aussi fort que les autres, mais 8 heures par jour au lieu de 16. Oui, nous gagnons plus d’argent, mais nous n’avons pas de fonds de pension. À titre d’exemple, il m’est arrivé à plusieurs reprises de me faire dire par un patient qu’il n’avait pas eu de toilette au lit depuis plusieurs jours à cause des agences. Eh bien moi, l’agence, qui suis infirmière et non préposée, je le lave. Et je prends le temps de faire bien plus, comme couper des ongles horriblement longs, chose que personne ne veut prendre le temps de faire. Et je ne prends aucune pause. Jamais. Et pendant ce temps, les médias et le gouvernement ont réussi à faire porter la destruction du réseau public sur le dos des agences.

La réalité est bien simple : si vous détruisez les agences, ces infirmières quitteront la profession et feront autre chose. Vous perdrez alors le soutien de milliers d’infirmières qualifiées.

La responsabilité est entièrement celle du gouvernement. Abolissez le TSO comme le font l’Institut de cardiologie de Montréal et d’autres hôpitaux anglophones et les postes d’infirmier à temps plein se pourvoiront dans les prochains mois. Faites temporairement affaire avec les agences pour combler les trous dans les horaires. Offrez aux infirmières du public des conditions respectables et elles reviendront dans le système.

Ça fait des années qu’on crie à l’aide. Alors, aidez-nous et, surtout, arrêtez de rejeter la faute sur les agences. Rejetez-la sur le vrai coupable : le gouvernement.