La pandémie a accéléré une transformation profonde du monde du travail. Le long déconfinement qui s’amorce créera des opportunités, mais aussi de grands défis pour les gestionnaires. Leur rôle a évolué et ils devront s’adapter pour attirer et retenir dans leur équipe les meilleurs talents. Comment ? En misant sur la flexibilité, l’écoute et un système de rétroaction continue.

Samer Saab
Samer Saab Président et fondateur d’Explorance, leader mondial dans la gestion de l’expérience des clients et des employés

Auparavant, les patrons géraient leur entreprise selon un modèle d’autorité. On disait aux employés quoi faire et on mesurait leur performance sans se soucier outre mesure de leur niveau d’engagement. Le télétravail a remplacé cette méthode de gestion. À quoi bon asseoir son autorité si l’équipe est éloignée physiquement et démoralisée ?

Lorsqu’une équipe croit en ce qu’elle fait et qu’elle se sent appuyée par ses gestionnaires, elle devient très puissante. C’est ce standard que doivent désormais viser les entreprises.

C’est pourquoi les employeurs doivent maintenant passer à un modèle de gestion par l’influence. Cela implique de faire confiance aux employés et de leur donner plus de flexibilité. Une bonne façon d’y parvenir est d’expliquer aux salariés pourquoi il faut faire quelque chose, plutôt que de simplement leur imposer une tâche. Il s’agit ici de convaincre nos employés de l’importance de leur mission en créant un environnement agréable, ouvert et axé sur la rétroaction permanente.

Ce changement de paradigme est majeur : les employés s’attendent à être écoutés en continu, et non lors d’une simple évaluation annuelle. Les millénariaux veulent comprendre ce qu’on attend d’eux… et se sentir compris.

Les chiffres ne mentent pas. L’an dernier, 41 % des salariés québécois ont indiqué qu’ils étaient prêts à changer d’employeur une fois la crise sanitaire terminée, selon un sondage Angus Reid. C’est énorme ! L’importance de sonder les employés en continu pour s’assurer de leur engagement prend donc tout son sens. L’impact des transitions doit être évalué en temps réel, et ce, avec les bons outils.

Se distinguer

Durant le retour progressif à la normale, les entreprises qui tireront le mieux leur épingle du jeu sont celles qui s’assureront de l’engagement de leurs employés.

Concrètement, les entreprises doivent cesser de se comparer aux autres acteurs de leur secteur et miser sur les valeurs qui la distinguent. Elles doivent réfléchir à la question suivante : pourquoi un employé choisirait-il de travailler pour elle plutôt que pour une concurrente ?

Un bon moyen d’y arriver est de troquer le système de valorisation des connaissances pour celui de la valorisation des compétences. L’expérience-employé et l’expérience-client doivent aussi converger. Si un consommateur n’est pas satisfait d’un service, cela est probablement dû au fait que l’employé n’est pas satisfait de ses conditions, lui non plus.

Gérer le retour au bureau

Quant au retour au travail en personne, la patience est la clé.

Les employés qui choisissent de prolonger le travail à la maison ne doivent pas se sentir mal à l’aise ou coupables ; c’est à l’employeur de créer les conditions qui feront en sorte que le travailleur veuille de lui-même revenir au bureau.

Il s’agit ici de faire preuve d’empathie, puis de présenter un plan clair et basé sur les attentes et les inquiétudes des employés. Les gestionnaires gagneraient à s’investir pleinement à recréer un sentiment d’appartenance chez tous leurs employés, qu’ils travaillent de chez eux, ou éventuellement au bureau. C’est le défi ultime des entreprises en 2022.

Tout le monde a dû sortir de sa zone de confort au cours de la dernière année. Pour les employeurs, cette période trouble a été une occasion de revoir leurs méthodes de gestion : ceux qui sauront s’adapter en sortiront plus forts que jamais.