Les auteurs, d’allégeances politiques différentes, estiment qu’un nouveau scrutin est nécessaire pour répondre aux nombreuses questions de l’après-COVID-19

Yan Plante et Jeremy Ghio Respectivement vice-président et directeur chez TACT*

Au Canada, nos gouvernements – tous ordres confondus – ont reçu le mandat démocratique de gouverner. Bien que la légitimité de notre processus électoral ne soit pas remise en question comme elle l’a été – et l’est toujours – chez nos voisins du Sud, nous devons profiter de l’occasion clé qu’est la fin de la pandémie pour consulter la population. Mis à part ceux qui ont été élus pendant la pandémie, aucun de nos gouvernements n’a obtenu le mandat moral de transformer significativement notre économie et notre société.

Et pourtant, nos politiciens nous répètent depuis maintenant plus d’un an que c’est la bataille de notre vie, que nous sommes en guerre contre le virus qu’on tente de comprendre, mais qu’on ne connaît pas complètement encore. Quotidien chamboulé, santé physique et mentale affectées, économie fermée, les conséquences de cette crise sanitaire sont nombreuses. Tous ne l’ont pas vécu de la même manière, mais s’entendent sur un point commun : il y aura un avant et un après-COVID-19. Alors que la tempête sera bientôt derrière nous, le moment sera des plus opportuns pour se poser des questions sur notre avenir, individuel et collectif. Jamais dans l’histoire canadienne récente un débat de société n’a été aussi essentiel qu’il l’est présentement : de quoi sera fait l’après-COVID-19 ?

Que voulons-nous faire collectivement maintenant que le pire est derrière nous ? Comment souhaitons-nous rebâtir notre société ? Quels devraient être les fondements de notre économie à partir de maintenant ?

Est-ce qu’on en profite pour accélérer l’adoption de nouvelles technologies ou est-ce qu’on revient d’abord à la vie normale ? Devons-nous remettre en question l’ensemble du modèle économique qui a montré des lacunes au cours des derniers mois ? Est-ce que d’aller trop vite pourrait éliminer encore plus d’emplois de façon permanente ? Est-ce que d’attendre pourrait nous faire reculer sur la scène mondiale et mettre en péril des emplois et notre qualité de vie à moyen terme ?

Et que fait-on du rôle de la santé publique à partir de maintenant, au Canada comme dans les provinces ? Nous étions visiblement mal préparés. Comment l’être davantage la prochaine fois ? À partir de quand est-ce que les gouvernements recommencent à gouverner, et la Santé publique, à conseiller ?

Finances publiques

Quant aux finances publiques fédérales, est-ce que nous appuyons toujours une approche où les vannes sont ouvertes ou est-ce que nous souhaitons voir un plan de retour à une gestion plus rigoureuse du trésor collectif ? Et ça veut dire quoi, au juste, une gestion plus rigoureuse des finances publiques ? Des coupes ou un ralentissement de la croissance des dépenses ?

Une fois la crise derrière nous, les Canadiens et Canadiennes se poseront ces questions – si ils et elles ne se les posent pas déjà – et des élections générales au niveau fédéral seront non seulement justifiées, mais également nécessaires. Et le plus tôt sera le mieux.

En théorie, il pourrait ne pas y avoir d’élections avant l’automne 2023, malgré le statut minoritaire du gouvernement Trudeau. Toutefois, les rumeurs d’élections s’intensifient. Sans surprise, les partis de l’opposition y dénoncent une forme de partisanerie.

Mais au-delà de la partisanerie, nous devons avoir ce débat de société dans les meilleurs délais et c’est aux électeurs et électrices de trancher, c’est leur avenir qui est en jeu.

* Yan Plante a conseillé l’ancien premier ministre conservateur Stephen Harper lors de trois élections générales, y compris la direction de la préparation des débats des chefs. Il a également été chef de cabinet de l’ex-ministre fédéral Denis Lebel. Jeremy Ghio est un ancien stratège libéral et a conseillé de nombreux ministres libéraux, notamment la ministre du Développement économique et des Langues officielles.