La pandémie offre l’occasion de prendre en compte les résultats de recherches scientifiques pour éclairer la prise de décisions politiques. En tant que professeurs-chercheurs universitaires, nous interpellons le gouvernement pour qu’il fonde plus avant ses décisions – en matière d’organisation et de gestion des services publics – sur les connaissances scientifiques afin de sortir les réseaux de l’éducation, de la santé et des services sociaux, notamment, de la crise révélée par la pandémie.

Simon Viviers et Stéphanie Demers Respectivement professeur à la faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval et professeure au département des sciences de l’éducation de l’Université du Québec en Outaouais*

La COVID-19 l’a révélé avec flamboyance : les services publics sont en crise. Devant la « pénurie » de personnel, on a vu le premier ministre supplier le personnel de la santé de rester dans le réseau, de revenir de congé de maladie, annuler des vacances par décret1, pour ensuite former à la hâte  avec les risques encourus – des préposées aux bénéficiaires pour soigner les personnes âgées dans les CHSLD.

Enfin, on a vu les centres de service scolaires chercher à embaucher des « enseignants » sans qualification2 et également vu apparaître au grand jour les insuffisances tragiques des ressources en santé mentale, en protection de la jeunesse et des femmes.

Cette crise des services publics était-elle évitable ? Oui. Est-elle résorbable ? Oui.

Comme le gouvernement a appris à le faire en santé publique durant la COVID-19, il doit maintenant fonder ses décisions sur les sciences disponibles pour comprendre la genèse de cette crise et les voies à suivre pour en sortir.

Rappelons que les recherches scientifiques visent entre autres à saisir le sens des phénomènes qui façonnent ou impactent la vie humaine, notamment à trouver des explications, parfois à anticiper des effets ou des dynamiques susceptibles de provoquer ces effets. Les résultats qui en sont le produit permettent d’éclairer les décisions et les interventions relatives à l’amélioration du bien-être et de la qualité de vie des personnes et des écosystèmes, à répondre aux situations imprévues. Ces divers savoirs sont souvent construits avec les acteurs des milieux et ancrés dans les expériences, observations et préoccupations de ces derniers.

Faire plus avec moins

Or, en ce qui concerne les services publics, chercheurs et acteurs du terrain sonnent l’alarme depuis longtemps. Les unes après les autres, les recherches font état non seulement de la détérioration des services publics, mais également des atteintes inacceptables à l’organisation du travail des acteurs de ces services, rendant toute théorique la réalisation de leurs missions. Comment, en effet, imaginer que les services auxquels chaque personne de la société a droit puissent répondre aux besoins criants et croissants quand leur existence est compromise par le recours aux modèles de l’entreprise privée axés sur la rentabilité économique qui enjoint finalement aux acteurs de « faire plus avec moins » ?

Les recherches scientifiques comme les témoignages des acteurs et des bénéficiaires des services publics annoncent depuis trois décennies les désastres qu’il nous aurait été possible de prévenir si les gouvernements successifs avaient été à l’écoute.

Épuisement et décrochage, perte d’expertise dans des domaines cruciaux, qualité empêchée par des mesures de rationalisation, services inaccessibles, très limités, voire supprimés… Nous voyons aujourd’hui que les bénéficiaires et les acteurs du terrain paient cher – de leur vie, pour certains – le refus des gouvernements de prendre en compte ces avertissements.

Bref, la société peut constater les conséquences désastreuses qui découlent du refus d’écouter ceux et celles dont l’un des mandats principaux est d’éclairer l’action publique. C’est pourquoi nous invitons nos collègues chercheurs à se porter, avec nous, à la défense des services publics, en faisant valoir l’importance de fonder les décisions politiques et gestionnaires sur les résultats des recherches que nous menons.

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