Inutile de dire que tous les environnementalistes de ce monde ont poussé un grand soupir de soulagement quand Joe Biden a officiellement été confirmé 46e président des États-Unis. Et voici maintenant qu’il tient, ce 22 avril, Jour de la Terre, un Sommet sur le climat réunissant une quarantaine de chefs d’État, dont les pays totalisent plus de 80 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES).

Publié le 22 avr. 2021
Marie-Christine Fiset et Patrick Bonin Respectivement directrice de l’équipe média et responsable de la campagne Climat et énergie, Greenpeace Canada

Pour ce sommet, Joe Biden a demandé aux pays de renforcer leurs engagements en faveur du climat, appelant à davantage de leadership de la part des pays qui sont de grands émetteurs.

Si M. Biden a fait des changements climatiques l’un de ses chevaux de bataille, cela ne veut tout de même pas dire que la partie est gagnée. Les premières semaines de son mandat ont donné lieu à une avalanche d’annonces dont beaucoup concernaient la crise climatique. Mais les défis et l’opposition restent importants. M. Biden et son équipe devront en faire plus pour répondre à l’ampleur des crises imbriquées actuelles. Un grand mouvement, dont Greenpeace fait partie, soutient le Thrive Act qui investirait 1000 milliards de dollars par an pour créer plus de 15 millions de bons emplois, mettrait fin à la crise du chômage, réduirait de moitié la pollution climatique d’ici 2030, et ferait progresser la justice raciale, autochtone, de genre, environnementale et économique.

Si Joe Biden veut avoir une chance contre le lobby des sociétés pétrolières et obtenir l’appui de la population et du Congrès, il aura besoin de prouver qu’il peut rallier le reste du monde sur la voie d’une relance, qui devra être juste et verte.

À ce stade, s’ils veulent tenir leurs promesses, le président Biden et le premier ministre Trudeau doivent proposer des plans crédibles pour éliminer progressivement l’utilisation de combustibles fossiles sur leur territoire, comme à l’étranger, et aider les autres gouvernements à faire de même. Cela devrait absolument inclure l’arrêt immédiat de toutes les subventions directes et indirectes aux combustibles fossiles. Notons que juste au Canada, ces subventions ont totalisé près de 18 milliards de dollars pour l’année 2020. Le président Biden a pour sa part déjà annoncé qu’il éliminera des milliards en subventions aux entreprises de combustibles fossiles dans le cadre de son Plan pour l’emploi.

Récemment, la Cour suprême a statué que les changements climatiques représentent une menace existentielle à la vie humaine au Canada et dans le monde entier. Or, la planète se dirige actuellement vers un réchauffement de 3 °C, soit deux fois plus que l’objectif de 1,5 °C visé par l’Accord de Paris.

Une cible et des lignes directrices claires

M. Trudeau, tout comme les autres dirigeants mondiaux invités, doit donc se présenter au Sommet avec une cible de réduction des GES plus ambitieuse et des lignes directrices claires sur la manière dont il va l’atteindre.

Selon le Programme des Nations unies pour l’environnement, les émissions mondiales de GES doivent diminuer de 7,6 % par an entre 2020 et 2030 pour espérer limiter la hausse des températures à 1,5 °C. Lors du Sommet, les États-Unis annonceront qu’ils doubleront presque leur objectif climatique pour 2030 et viseront à réduire leurs émissions d’environ 50 % d’ici 2030 par rapport à 2005. Ces 50 % resteraient toutefois insuffisants pour que les États-Unis fournissent leur juste part dans la lutte climatique. De notre côté de la frontière, le Réseau action climat Canada, qui regroupe plus de 130 organisations de la société civile dont Greenpeace, considère que le Canada doit réduire ses émissions d’au moins 60 % d’ici 2030 par rapport à l’année 2005 pour fournir sa juste part en tant que pays riche. En comparaison, le gouvernement Trudeau vise une réduction d’un minimum de 30 %, soit à peine plus que la cible qu’avait adoptée Stephen Harper.

Fournir sa juste part signifie également que le Canada doit immédiatement mobiliser 4 milliards de dollars par année pour aider les pays en développement à réduire leurs émissions et à s’adapter aux changements climatiques.

C’est le moment pour nos dirigeants d’être audacieux. La normalité ne devrait pas être de continuer à détruire et exploiter notre planète et nos communautés. Le Canada et les États-Unis doivent rejoindre l’Union européenne (55 % par rapport aux niveaux de 1990), le Royaume-Uni ((79 % en 2035 par rapport à 1990) et la Norvège (au moins 50 % par rapport à 1990) qui se sont déjà engagés à réduire au moins de moitié leurs émissions en 2030. Voulons-nous vraiment rester en queue de peloton ? En fait, la question est : pouvons-nous vraiment nous permettre de manquer le bateau ? Rappelons que le Canada est le seul pays du G7 dont les émissions de GES ont augmenté depuis la signature de l’Accord de Paris.

Fini les temps des fausses promesses. Les rassemblements de haut niveau n’ont aucun sens s’ils ne débouchent pas sur des actions concrètes, des cibles plus ambitieuses et des lois et des règlements visant à éliminer progressivement les combustibles fossiles, mettre fin à la déforestation, intensifier la restauration de la nature et promouvoir la justice sociale.

Cinq ans après l’Accord de Paris, l’heure est à l’augmentation de l’ambition climatique (y compris la justice climatique) et au respect des engagements climatiques et des exigences de la science du climat.

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