Dans son éditorial intitulé « L’inquiétante petite maison dans la vallée1 », Laura-Julie Perrault déplore à raison que dans la troisième couronne de Montréal, à l’extérieur des limites du territoire du Plan d’aménagement et de développement (PMAD) adopté par la Communauté métropolitaine de Montréal, sévit une course accélérée à l’étalement urbain.

Louise Harel Louise Harel
Ministre des Affaires municipales et de la Métropole de 1998 à 2003, députée à l’Assemblée nationale du Québec de 1981 à 2008

Le fait est que des municipalités limitrophes telles Saint-Lin–Laurentides, Saint-Jérôme, Saint-Jean-sur-Richelieu, Saint-Colomban, Lavaltrie et bien d’autres connaissent une croissance démographique deux fois plus forte que dans le reste du Québec alors que les 82 municipalités de la CMM ont adopté ce Plan métropolitain qui a réussi depuis 10 ans à contenir l’étalement urbain et ses conséquences désastreuses en matière de développement durable.

Je soumets l’idée qu’il y a urgence d’agir et qu’il n’y a pas lieu d’attendre les résultats de la Conversation nationale sur l’urbanisme et l’aménagement du territoire, l’initiative lancée en janvier dernier par la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, menant à l’élaboration d’une Stratégie en 2022 et qui pourrait éventuellement déboucher sur une législation plus tard.

Depuis son adoption en 2000, prévoyant cette troisième couronne désireuse de profiter d’un développement sans règles communes, la loi créant la Communauté métropolitaine de Montréal contient une disposition, à l’article 270, qui permet de procéder avec célérité à l’inclusion au sein de la CMM des municipalités limitrophes pour qui s’applique, au fur et à mesure de leur développement, le test de la Région métropolitaine de recensement (RMR).

Des données parlantes

En 2000 comme aujourd’hui, le territoire de référence est celui de la RMR fixé par Statistique Canada, Il s’agit de mesurer le degré d’intégration d’une municipalité dans le territoire métropolitain à partir du pourcentage de déplacements quotidiens de navetteurs, établi d’après les données du recensement domicile-travail.

Lorsque 50 % de la population d’une municipalité trouve son gagne-pain au sein de la région métropolitaine, à l’extérieur de son lieu de résidence, cette municipalité se trouve à partager les bénéfices du même bassin d’emplois et de développement économique que les autres municipalités de la CMM sans partager les coûts environnementaux de la faible densité des nouvelles constructions ni ceux de la mobilité, de la congestion routière et des services publics.

D’où mon étonnement que depuis 20 ans, à chaque recensement et particulièrement dans le rapport de janvier 2020, transmis à la ministre en vertu de la loi, les élus de la CMM tout en faisant état de 12 municipalités limitrophes qui font maintenant partie de la RMR, n’en recommandent pas l’inclusion au territoire métropolitain.

En matière d’aménagement du territoire et de développement durable, la recherche du bien commun ne se fait jamais sans heurt tant de puissants intérêts économiques et politiques émergent. Ce fut le cas en 1970, il y a 50 ans, lors de la création dans le tumulte de la Communauté urbaine de Montréal, ce fut le cas en 1979 lors de l’implantation des MRC, que le chef de l’opposition libérale, Claude Ryan, promettait d’abolir, ce fut le cas en 2000, alors que près de 100 000 citoyens voteront « Non » à 97,6 % à leur inclusion à la CMM, lors de référendums tenus à l’invitation des élus de 26 municipalités.

Ce n’est pas suffisant de témoigner d’une inquiétude grandissante à l’égard d’un étalement urbain effréné et de ses conséquences déplorables, il faut une volonté politique à toute épreuve, à Québec comme à la CMM, pour entreprendre d’y mettre fin. Souhaitons-leur beaucoup de courage.

1. Lisez l’éditorial de Laura-Julie Perrault