La poussière est quelque peu retombée à la suite du dernier budget du ministre des Finances, Éric Girard, et il s’avère crucial d’en mesurer les effets sur la capacité des ménages de se loger convenablement. Le gouvernement du Québec ne saisit pas l’urgence pour les populations vulnérables qui incluent les femmes en situation précaire, les personnes âgées, les personnes handicapées, les familles, les personnes immigrantes et tant d’autres qui ont besoin d’un logement social abordable, digne et sécuritaire.

Chantal Desfossés Chantal Desfossés
Directrice générale du Réseau québécois des OSBL d’habitation

La pandémie actuelle, et en particulier les mesures de confinement à la maison, a pourtant mis en lumière l’importance que tout le monde ait un toit et puisse vivre dans un endroit sûr et abordable. C’est loin d’être le cas actuellement : les listes d’attente pour le logement social débordent, le prix des loyers explose et de plus en plus de ménages peinent à trouver un logement répondant à leurs besoins.

L’ensemble du secteur de l’habitation à but non lucratif, les municipalités et des organisations préoccupées par la relance économique post-pandémie estimaient les besoins à 5000 nouveaux logements par année. Or, sans chiffrer les besoins, le gouvernement prévoit seulement 500 nouveaux logements sociaux lors des cinq prochaines années. D’ici 2022-2023, le dernier budget ne prévoit que 2,5 millions de dollars pour de nouveaux projets de logements qui n’étaient pas prévus, soit l’équivalent de 18 unités pour l’ensemble du Québec !

Le dernier budget confirme aussi l’abandon de la promesse maintes fois répétée par la CAQ de livrer plus de 12 000 logements sociaux et communautaires des précédents gouvernements, mais pas encore construits faute de fonds suffisants.

Le ministre Girard aura finalement décidé de débloquer les sommes pour accélérer la livraison dans les prochaines années d’un peu plus de 40 % de ces logements déjà programmés. Qu’arrivera-t-il maintenant des 7000 autres unités déjà annoncées ? Une multitude d’élus, dont Valérie Plante, Régis Labeaume ou Maxime Pedneaud-Jobin, ont fait savoir à maintes reprises le manque criant de logements sociaux. Bien des organismes ont investi des années d’énergie pour développer de nouveaux projets bien structurés et bien gérés.

Sources d’espoir

Deux sources d’espoir subsistent encore. D’abord, le gouvernement du Québec a confirmé le maintien du programme AccèsLogis, responsable de l’investissement public en matière de développement du logement social. Certes imparfait, il est tout de même essentiel pour répondre à la demande criante dans les différentes régions du Québec. Ensuite, la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, a annoncé des consultations qui doivent aboutir à l’adoption d’un nouveau plan d’action gouvernemental en habitation en 2022.

Espérons que les réactions de vive déception et d’indignation que l’on a entendues du milieu de l’habitation sociale et communautaire et de plusieurs maires connectés à la réalité de leur ville pourront convaincre le gouvernement du Québec d’agir en faveur du droit au logement social. Rien de moins qu’assurer l’essentiel.