Depuis le début de la pandémie, 12 femmes ont été assassinées en contexte de violence conjugale. De celles-ci, sept ont perdu la vie dans les sept dernières semaines. Derrière chacun de ces féminicides, il y a des milliers d’autres femmes et d’enfants qui vivent dans la peur, au quotidien. La situation que les professionnelles des ressources d’aide et d’hébergement pour femmes craignent et dénoncent depuis longtemps se fait de plus en plus présente : la pandémie vulnérabilise disproportionnellement les femmes et exacerbe les violences envers celles-ci.

Ingrid Falaise Ingrid Falaise
Comédienne, autrice, animatrice, conférencière et survivante de violence conjugale, et quatre autres signataires*

De toutes parts, la population s’indigne face à ces crimes brutaux dont plusieurs auraient pu être prévenus vu l’implication préalable des autorités policières et légales dans les dossiers. Les groupes de femmes se mobilisent pour crier leur indignation et partout au Québec des mobilisations citoyennes s’organisent le 2 avril en après-midi pour exprimer notre ras-le-bol collectif, en solidarité avec les femmes victimes de violence conjugale. Une occasion de leur dire qu’elles ne sont pas seules et de crier haut et fort : « Pas une de plus ! »

Car oui, la violence se passe dans la sphère intime, mais elle est le résultat de problèmes sociaux profonds. Le privé est plus que jamais politique et le changement doit être collectif.

Nous espérons qu’en marchant côte à côte, nous éveillerons les consciences face à la nécessité de tisser un filet de sécurité solide autour des femmes et des enfants victimes de violence conjugale. Ce tissu social ne s’opère pas seulement à travers les milieux d’hébergement. C’est en sensibilisant largement sur les signes précoces de la violence conjugale, en interrogeant nos comportements, en tendant la main à toutes les victimes que nous serons en mesure d’opérer un changement social et de prévenir les féminicides. C’est d’autant plus important au moment d’une séparation dans une relation violente où on sait que le risque homicidaire est à son plus élevé. Parce que la violence conjugale, c’est l’affaire de tous et toutes, ne laissons pas les femmes et les enfants seuls !

Des demandes concrètes

Or, s’il est communément accepté que la solution au problème de violence conjugale et de féminicides est un changement sociétal, la réponse gouvernementale est largement insuffisante. Au lendemain d’un budget décevant, nous rappelons au gouvernement qu’il est essentiel de financer à la hauteur des besoins les services en violence conjugale. Mais ce financement doit être assorti de mesures structurantes pour un accompagnement adéquat des victimes tout au long du continuum de services qui leur est offert. C’est ce que proposent notamment les 190 recommandations du rapport du Comité des experts sur l’accompagnement des victimes d’agressions sexuelles et de violence conjugale et les 28 recommandations du Comité d’examen des décès liés à la violence conjugale.

Il est incompréhensible que le gouvernement n’ait pas provisionné de sommes pour mettre en œuvre ces recommandations de comités qu’il a lui-même mandatés.

M. Legault, Mme Charest et M. Girard répètent qu’ils seront prêts à investir davantage au besoin. Nous leur répondons en choeur : il le faut, et rapidement ! Au-delà des sommes, nous avons un urgent besoin d’une instance imputable et forte, dotée des ressources suffisantes pour mener à bien la mise en place de ces recommandations. Nous l’invitons donc à venir s’asseoir avec nous, qui côtoyons chaque jour les femmes victimes de violence conjugale, afin d’échanger sur les besoins réels des victimes et les mesures à mettre en place. L’heure est grave, M. Legault. Que répondrez-vous aux 14 orphelins de 2021 quand ils vous diront : « Je me souviens… de ma mère » ?

Appel à l’action

Face à l’urgence de la situation et à l’ampleur des mesures à mettre en place, nous vous invitons à vous mobiliser le 2 avril. Que ce soit en venant marcher avec nous à Montréal à partir du parc La Fontaine où ailleurs au Québec, en arborant votre ruban blanc en solidarité avec les victimes de violence conjugale et de féminicides, en tendant la main auprès d’une proche dont vous vous inquiétez. Le 2 avril 2021 sera une journée nationale d’action contre les violences envers les femmes !

* Cosignataires : Sabrina Lemeltier, présidente de l’Alliance des maisons d’hébergement de 2e étape pour femmes et enfants victimes de violence conjugale ; Manon Monastesse, directrice générale de la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes ; Anhi Zaldivar Silva, porte-parole, de l’R des centres de femmes du Québec ; Chantal Arsenault, présidente du Regroupement des maisons d’hébergement pour femmes victimes de violence conjugale, et les 191 maisons d’aide et d’hébergement et centres de femmes du Québec qu’elles représentent.

> Consultez la page Facebook de la campagne « 7 semaines, 7 féminicides, c’est assez ! »