Que cherche le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, avec sa consultation des 31 mars et 1er avril sur la « réussite éducative » ? Renforcer sa position au sein du caucus, donner l’impression qu’il est démocrate et à l’écoute de tous ceux et celles qui se préoccupent de l’éducation ?

Suzanne-G. Chartrand Suzanne-G. Chartrand
Coordonnatrice de Debout pour l’école ! et neuf autres signataires*

Depuis qu’il est au pouvoir, il n’a écouté que ceux et celles qui pensent comme lui et a souverainement ignoré « celles et ceux qui appellent les élèves par leur nom », contrairement à ce qu’il prétendait en arrivant au pouvoir. Ou peut-être cette « consultation » n’est-elle qu’une bonne blague en guise de poisson d’avril ?

Le ministre Roberge chercherait soudainement des solutions aux multiples problèmes de l’école… Or, les solutions – comme les problèmes – sont bien documentés par de multiples acteurs et il les ignore souverainement.

Des collectifs de citoyens, dont Debout pour l’école !, lui ont adressé en 2019 une pétition signée par près de 10 200 personnes présentant sept revendications qui sont des solutions concrètes et réalistes. Le ministre n’a même pas daigné accuser réception de cette pétition, malgré des appels téléphoniques, des courriels et des visites à son bureau de circonscription.

Après sa conférence de consensus de 2018 qui a réuni plus de 200 personnes du monde de l’éducation, le Centre de transfert pour la réussite éducative du Québec a déposé une liste de recommandations pour assurer l’équité en éducation, demande elle aussi restée sans réponse. D’autres groupes, comme le mouvement L’école ensemble, ont déposé un mémoire à l’occasion de la loi 40 concernant entre autres l’abolition des commissions scolaires en 2019. Plus récemment, des sociologues de l’éducation et des universitaires ont fait le même bilan et exigé une démarche démocratique pour remettre l’éducation sur ses rails (La Presse, 7 février 2021), de même que le MÉMO (Mouvement pour une école moderne et ouverte), qui a lancé son Pacte pour la revalorisation de l’école québécoise.

Et que dire du processus d’adoption du programme d’éducation préscolaire 4-5 ans, qui n’a été ni démocratique ni respectueux de l’expertise des chercheurs et des acteurs sur le terrain. Le cabinet du ministre a imposé la prévention dite universelle et ciblée, associée, entre autres, à l’enseignement systématique et décontextualisé des lettres, une lettre, un son à la fois.

Cela implique une volonté de normalisation du développement des enfants, qui seront bien vite (très vite !) testés, diagnostiqués et médicamentés s’ils ne correspondent pas, à 4-5 ans, à la « norme ».

Tous les spécialistes du développement de l’enfant et de l’éducation préscolaire au Québec prônent plutôt une autre approche de la prévention tenant compte des multiples facteurs qui ont une influence sur le développement de l’enfant.

Il a aussi forcé les syndicats d’enseignants à négocier en pleine pandémie et leur a proposé des offres inacceptables. Passées inaperçues dans l’univers médiatique du tout à la pandémie, les dernières offres du gouvernement pour l’enseignement préscolaire, primaire et secondaire public sont d’un cynisme ahurissant. En pleine pénurie d’enseignantes et d’enseignants et à l’heure d’un consensus généralisé sur la nécessité de revaloriser leur profession, le gouvernement caquiste entend détériorer encore davantage les conditions de travail du corps enseignant ! Le lien étroit entre ces conditions et la qualité de l’enseignement, et donc des apprentissages des élèves, tombe pourtant sous le sens !

Sauf pour quelques universitaires à sa solde, le ministre Roberge n’écoute pas. Alors, pourquoi gaspiller du temps et de l’argent dans cette consultation bidon ? Nous ne voulons plus de comités, plus de commissions. Nous exigeons une volonté politique de résoudre les problèmes. Si elle ne vient pas, nous poursuivrons collectivement la mobilisation pour une éducation de qualité pour tous.

*Cosignataires : Françoise Armand, professeure titulaire de l’Université de Montréal, récipiendaire du Prix Acfas en éducation en 2020 ; Diane Beaudet, présidente du Mouvement pour une école moderne et ouverte (MÉMO) ; Guy Bourgeault, éthicien, professeur honoraire à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal ; Nathalie Ferir, responsable du regroupement citoyen Les Losanges jaunes ; Geneviève Groleau, coordonnatrice de Profs à bout de souffle ; Georges Leroux, philosophe, professeur émérite à l’Université du Québec à Montréal ; Guy Rocher, sociologue de l’éducation, ex-membre de la commission Parent, professeur émérite à l’Université de Montréal ; Maryse Rondeau, présidente de l’Association d’éducation préscolaire du Québec ; Maurice Tardif, professeur titulaire à la Faculté des sciences de l’éducation, directeur du Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante, Université de Montréal