Alors que la tempête persiste, les interrogations sur l’avenir du centre-ville demeurent nombreuses. On demande à chacun de sortir sa boule de cristal. L’Institut de développement urbain est du nombre. Nous avons produit, avec Montréal centre-ville, deux bulletins sur l’état du centre-ville, nous en publieront deux autres d’ici la fin de l’année. À ces occasions, nous réunissons des panélistes pour nous dire à quoi demain ressemblera, cela contribue à notre réflexion.

Jean-Marc Fournier Jean-Marc Fournier
Président-directeur général de l’Institut de développement urbain du Québec

D’abord, ne perdons pas de vue ce qui n’a pas changé. Nous avons deux hôpitaux parmi les plus modernes au monde à quelques kilomètres de distance et un réseau d’enseignement et de recherche qui, de la montagne au fleuve, font de Montréal la deuxième ville universitaire en Amérique du Nord. Notons que l’annonce des cours offerts en présentiel pour la rentrée de l’automne insufflera une bonne dose de dynamisme.

Le télétravail

Bien sûr, le télétravail aura laissé sa marque. Tous reconnaissent que nous adopterons un mode hybride. Certains postulent qu’une réduction du nombre d’employés présents en même temps entraînera une réduction de pieds carrés utilisés. D’autres indiquent que la prise en compte des inquiétudes sanitaires et la nécessité pour l’entreprise de maintenir son expertise en cherchant à renforcer l’appartenance de ses employés appelleront un réaménagement des bureaux qui augmentera le ratio de pieds carrés par employés.

Difficile à prédire si la réduction découlant du mode hybride sera compensée par l’augmentation due à la préoccupation sanitaire et à la satisfaction des aspirations des employés. Par contre, pénurie de main-d’œuvre oblige, les employeurs déploieront diverses mesures pour inciter leurs employés à revenir participer au sein de l’équipe. On peut donc présumer que, forts d’un horaire flexible, les travailleurs reviendront. Les statistiques tendent à démontrer que c’est encore la prévision du plus grand nombre des employeurs puisque le taux d’inoccupation des bureaux est demeuré plutôt stable si on le compare à 2019.

Les employés qui reviennent sur les lieux de travail en profiteront pour visiter les commerces des alentours. La flexibilité de l’horaire ne devrait pas réduire l’attrait du service commercial à proximité du lieu de travail.

Le commerce

Les contraintes sanitaires ont propulsé le commerce électronique. Plusieurs prétendent que les locaux commerciaux devront s’adapter. Pour attirer les citoyens à les fréquenter, les commerçants devront offrir une « expérience client ».

Dans le cas du centre-ville, « l’expérience client », c’est aussi le caractère distinctif du lieu où se trouve le commerce.

La variété de l’offre autant que l’animation de ses espaces publics font du centre-ville un lieu d’expériences uniques.

Les travaux sur la rue Sainte-Catherine se poursuivent et compliquent l’accès, c’est vrai, mais cela finira un jour prochain et tous profiteront de la qualité du réaménagement. Lorsque La Baie annonce son intention d’investir des sommes importantes sur son site, il y a là plus qu’un signe d’espoir. Cet engagement privé à participer à la beauté du centre-ville est un témoignage de confiance et une marque de collaboration.

Bien sûr, il y a des équipements culturels et de très bons restaurants hors du centre-ville, tant mieux. Cependant, nulle part ailleurs ne retrouvons-nous une telle multiplicité de l’offre. La densité du centre-ville soutient cette diversité.

Pour les commerçants comme pour les employeurs, le dynamisme retrouvé du centre-ville constitue un atout inestimable. L’intention des autorités publiques d’investir pour recréer cette ambiance unique au centre-ville est essentielle et nous la saluons.

Choisir d’y vivre

Le positionnement géographique au cœur du réseau de transport durable et l’âme du centre-ville, sa diversité gastronomique, culturelle, événementielle constitue autant de facteurs d’attraction pour y venir travailler, consommer et résider.

Les résidants du centre-ville contribuent à la présence au bureau et dans les commerces des alentours. Alors que les travailleurs, les touristes et les étudiants avaient déserté le centre-ville, ce sont les résidants qui ont maintenu les activités. Il est souhaitable d’attirer davantage de citoyens à venir s’y installer.

Les Faubougs, à l’est, et le secteur Bridge-Bonaventure, à l’ouest, permettent à Montréal d’y travailler dès maintenant. On nous annonce une cellule facilitatrice pour accélérer la réalisation des projets, ne tardons pas.

Enfin, précisons qu’il est possible de favoriser une mixité sociale et générationnelle sans nuire à l’attractivité. Plutôt que de réduire l’abordabilité par une mécanique municipale qui pousse les prix à la hausse, obtenons le concours de Québec pour adopter une stratégie de développement de logement social, abordable et familial avec des incitatifs à effet neutre sur la valeur des unités. À cet égard, nous saluons que le gouvernement du Québec ait entrepris une réflexion sur l'habitation. Cette initiative nous fait espérer des actions majeures en faveur de l’inclusion au cours des prochains mois.

Enfin, les discussions entourant la Stratégie nationale de l’urbanisme et l’aménagement des territoires pourraient conclure en la nécessité pour Québec de favoriser une densification adaptée et attrayante en collaborant financièrement avec le palier municipal pour soutenir l’aménagement urbain au centre-ville et le long des parcours de transports structurants.

Le calendrier de retour

Maintenant que le calendrier de vaccination porte ses fruits, il est temps pour la santé publique de planifier le calendrier de retour. Les employeurs et les gestionnaires d’immeubles doivent rapidement connaître les protocoles sanitaires à implanter pour permettre le retour au bureau. De la même façon, les autorités doivent partager l’information pertinente pour encourager l’utilisation des transports collectifs.

Nous en avons encore pour quelques semaines, mais il faut se préparer à accueillir en plus grand nombre les usagers du métro, les travailleurs à leurs bureaux et les clients aux restos.

Le centre-ville nous attend, il ne manque que nous.