Quelque 22 500 nouvelles places subventionnées peuvent être créées dans les garderies non subventionnées : pourquoi le ministre s’enlise-t-il à investir dans le ciment ?

Marie-Claude Collin Marie-Claude Collin
Présidente de la Coalition des garderies du Québec et propriétaire d’une garderie à Blainville

La semaine dernière, le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, annonçait un plan pour accélérer le processus de création de nouveaux Centres de la petite enfance (CPE).

En soi, un meilleur accès à des services de garde à tarif unique pour les familles québécoises est un pas dans la bonne direction. C’est d’ailleurs la mission de notre regroupement : l’équité pour les parents, les enfants et, en fin de compte, pour les contribuables.

Mais ce plan prévoit une implication financière du ministère pour la construction de nouveaux CPE et c’est là où nous voyons une occasion manquée et un risque important pour le réseau des garderies. L’argument principal utilisé pour justifier ces changements est l’urgence de créer des places subventionnées pour les familles québécoises. Il se trouve que nous travaillons en collaboration avec le gouvernement depuis des années pour arriver à cet objectif précis, et ce, à coût moindre et plus rapidement.

Le gouvernement se félicite ainsi de faire en 24 mois ce qu’il aurait pu faire en deux semaines. La solution est simple : subventionner des places en garderie non subventionnées.

Notre réseau de garderies compte 70 000 places qui pourraient être converties à très court terme. Mais ça ne crée pas de « nouvelles » places, me direz-vous ? Détrompez-vous, car avec un taux d’inoccupation d’environ 30 % actuellement, si nos établissements offraient demain matin des places à 8,50 $, c’est 22 500 nouvelles places qui seraient créées.

Les familles et les contribuables québécois souhaitent qu’il y ait plus de places subventionnées. Nous poursuivons également cet objectif en militant pour la subvention de places dans nos garderies. Parce qu’on sait qu’en fin de compte, ce qui fait la différence pour les parents, c’est l’accès à une place subventionnée et non le bâtiment dans lequel cette place est offerte.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

« Avec un taux d’inoccupation d’environ 30 % actuellement, si [les garderies non subventionnées] offraient demain matin des places à 8,50 $, c’est 22 500 nouvelles places qui seraient créées », soutient l’auteure.

La raison pour laquelle ce gouvernement s’entête à dépenser des millions à bâtir des infrastructures plutôt qu’à investir directement dans les services aux enfants nous est profondément obscure. Les PME que nous représentons, majoritairement dirigées par des femmes, soutiennent le réseau de services de garde depuis des décennies et désirent faire partie de la solution. Pourquoi les ignorer, et pis encore, les mettre au rancart en finançant la construction de garderies entièrement subventionnées à proximité ? Sans les garderies non subventionnées, il y aurait 70 000 places de moins dans le réseau.

Ce qui est proposé par le ministère de la Famille risque de mettre en faillite 1200 entrepreneurs — à 90 % des femmes qui ont investi toutes leurs économies dans la construction de leurs garderies.

Il en va de la stabilité du réseau des garderies de maintenir une offre diversifiée et attrayante pour les familles dans chaque municipalité. Le milieu des services de garde vit une pénurie de main-d’œuvre. Or, lorsqu’un nouveau CPE ouvre ses portes — presque toujours à proximité d’une garderie — cette dernière perd non seulement ses enfants dont les parents désirent le tarif unique, mais elle perd aussi ses éducatrices qualifiées et doit choisir entre recommencer à zéro ou fermer ses portes.

Les parents dont les enfants fréquentent des garderies non subventionnées sont satisfaits de la qualité des services qui leur sont offerts. On ne peut cependant les blâmer de vouloir payer moins cher. Après tout, ils paient leurs impôts comme tout le monde et y ont droit. Mais pourquoi ne pas leur permettre de laisser leur enfant dans son environnement familier en leur donnant accès au tarif unique ? Le ministre et le ministère prônent pourtant la stabilité pour les enfants dans le programme éducatif pour les milieux de garde ; leur politique actuelle accomplit exactement le contraire de ce qu’ils exigent du réseau.

Nous désirons faire partie de la solution. Pourquoi refuser d’appliquer une solution si simple et à moindre coût ? Si nous avons été capables de faire la conversion de milliers de places lors de la création du réseau subventionné en 1997, qu’est-ce qui nous empêche d’en faire autant aujourd’hui pour rattraper le retard accumulé par des années de promesses non tenues ?