Face à la pandémie, nous fait face à nos pires angoisses. Pour trop de Québécois, celles-ci se sont métamorphosées en cauchemar avec la perte d’un parent ou d’un ami. Pour d’autres, la précarité financière s’est glissée dans le quotidien. Et pour beaucoup, toujours épargnés par les symptômes, cette crainte incessante qu’ils sont à une imprudence d’être en quarantaine (ou pire).

Michael M. Fortier Michael M. Fortier
Homme d’affaires et ancien ministre conservateur responsable de la région de Montréal

Ces inquiétudes entraînent des comportements sociaux singuliers, voire inquiétants. Le fait de ne pas vouloir partager un trottoir – encore moins une cage d’ascenseur – avec un étranger peut possiblement se comprendre ; mais on peut aussi détecter la présence d’un tribunal « sanitaire » populaire qui ne manquera pas de sanctionner la moindre violation d’une directive réelle, suggérée ou insinuée.

Le président d’Investissements RPC, le fonds d’investissement le plus important au Canada (pensez à la Caisse de dépôt avec quelques pistons de plus), a dû démissionner fin février en raison d’un voyage effectué au Moyen-Orient. Il se trouvait à Dubaï pour voir ses enfants, qui habitent avec leur mère en Australie. Il en a profité pour se faire vacciner. Le conseil d’administration a exigé sa démission. On comprend qu’il aurait dû attendre son tour au Canada. Ce tour qui tarde à venir, ce tour qui est organisé tout croche.

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

« L’indignation populaire [envers les voyageurs] a servi de paratonnerre aux gouvernements, qui continuaient de trébucher dans la lutte contre la pandémie et la distribution de vaccins », écrit Michael M. Fortier.

La folie des dénonciations de l’hiver dernier autour des déplacements de certains politiciens pouvait laisser songeur. Plusieurs d’entre eux (notamment le député Pierre Arcand et l’ex-ministre des Finances de l’Ontario, Rod Phillips) se sont retrouvés dans des endroits où il n’existait à peu près pas de cas de COVID-19. À bien y penser, il était beaucoup plus dangereux pour eux de rester au Canada !

La marche de la honte qu’ont fait subir les médias à certains voyageurs dans le hall des arrivées internationales à Dorval cet hiver choquait.

Ces personnes n’avaient commis aucun crime ni brisé aucun code de vie. La société avait conclu qu’elles avaient été imprudentes en allant dans les Antilles ou vers d’autres destinations ensoleillées. Elles avaient pris des risques incalculables… alors que le nombre de cas d’infection dans plusieurs régions du Québec était à cette époque (et encore aujourd’hui) plus élevé que dans plusieurs endroits visités par nos concitoyens.

La levée de boucliers contre ces indisciplinés est passée au code rouge lorsqu’il a été révélé qu’ils avaient droit à une prestation compensatoire de 1000 $ pendant leur quarantaine. Le fait que 99 % des voyageurs ne connaissaient même pas l’existence du programme et que celui-ci n’avait aucunement motivé leur déplacement a été totalement ignoré. L’indignation populaire a duré des jours et servi de paratonnerre aux gouvernements, qui continuaient de trébucher dans la lutte contre la pandémie et la distribution de vaccins.

Le nouveau programme de quarantaine du gouvernement fédéral est heureusement plus raisonnable (seulement trois jours à l’hôtel) que ce que certains réclamaient.

Un peu plus et on exigeait que les voyageurs fassent leur quarantaine dans la Grosse Île – comme mes ancêtres irlandais – sur un canapé en toile à peine à l’abri des éléments.

Les repas auraient été livrés par hélicoptère le mardi et le vendredi. Comme à Alcatraz, les récalcitrants n’auraient eu qu’à se lancer à l’eau.

Beaucoup de Québécois séjournent en Floride l’hiver. Cette Floride, qui a souvent fait l’objet de moqueries de la part de notre tribunal en raison de mesures sanitaires jugées inadéquates. Cette Floride, où près de 20 % de la population a maintenant reçu une dose de vaccin, et 10 %, deux doses (je vous épargne la comparaison avec le Canada tellement elle décourage). Elle a même accepté de vacciner plusieurs Québécois sans qu’ils soient citoyens américains. Si des vaccins avaient été disponibles, pensez-vous un seul instant qu’un Américain séjournant à La Malbaie ou à Mont-Tremblant cet hiver aurait beaucoup de chance de se faire vacciner ?

Ma résidence secondaire aux États-Unis se trouve dans un endroit que je préfère visiter l’été. Si juillet arrive et que je ne suis pas encore vacciné dans le pays où je paie mes impôts, je n’aurai aucune hésitation à visiter les bons Samaritains de la Nouvelle-Angleterre pour qu’ils m’immunisent contre la COVID-19. Je serai profondément gêné que nos dirigeants aient accusé un retard si important à s’occuper des leurs – mais je penserai à ma santé et à celle des miens quoiqu’en pense le tribunal populaire.