Dans l’actualité et sur le terrain, on observe actuellement un phénomène préoccupant : la hausse de l’intimidation chez les jeunes avec les cours en ligne. Loin de nous étonner, cette triste réalité nous apparaît comme un symptôme de plus d’un quotidien amputé d’interactions significatives pour l’enfant, que nous observons depuis des mois.

Shirlane Day et François-Pierre Le Scouarnec
Respectivement directrice générale et président du conseil d’administration de l’Institut Pacifique

L’isolement, l’anxiété, les difficultés à gérer ses émotions et les troubles de santé mentale qui affectent plusieurs jeunes depuis le début de la pandémie, et par la bande leur famille, nous semblent également résulter, en partie du moins, de cette nouvelle vie sociale contre nature.

Si la distanciation imposée est légitime, ne sous-estimons pas pour autant ce qu’elle coûte à nos enfants et à leur développement. L’apprentissage des compétences sociales et émotionnelles en est une composante essentielle afin d’établir et de maintenir des relations saines et harmonieuses (en personne ou dans le cyberespace), qu’il faut favoriser sans plus attendre.

L’enfance représente, en effet, un « momentum » particulier pour acquérir ces outils qui serviront pour la vie, telles la gestion des émotions et de ses comportements, la confiance, l’estime de soi, l’affirmation, l’empathie, la résolution de conflits, etc.

Si on ne prend pas de moyens pour pallier le contexte actuel, leur apprentissage s’en trouve fragilisé. Et, comme le rapportent divers intervenants, incluant des directions d’école, on peut en voir les effets jusque dans les relations virtuelles au primaire !

Remercions-les de s’y attarder, car un enfant n’aura pas d’emblée la capacité de nommer lui-même son incompréhension, voire son désarroi devant des relations interpersonnelles transformées par la pandémie et un rapport à l’autre qui tend à se déshumaniser. Il les subira tout bonnement… avec les conséquences qu’on connaît.

Offrir un espace pour permettre à nos jeunes de s’exprimer sur leur réalité actuelle est donc un premier pas important, mais il faut aller plus loin et leur offrir les conditions pour développer leurs compétences sociales dès maintenant.

L’Institut Pacifique peut témoigner avec éloquence de cette nécessité dont il prend toute la mesure depuis 45 ans, tant par son action auprès des familles que par son enseignement de la résolution de conflits et des compétences sociales dans les écoles.

Fort de cette relation de confiance, nous savons aussi que les établissements scolaires font des pieds et des mains pour remplir leur mission visant, entre autres, à socialiser l’élève.

Convaincus, comme plusieurs chercheurs, que les compétences sociales sont liées au bien-être de l’enfant, nous demandons aujourd’hui à nos décideurs de reconnaître l’importance de leur enseignement et de soutenir rapidement le développement de solutions à offrir aux familles québécoises et au milieu de l’éducation.

Pour nos enfants, ne mettons pas ce besoin en attente une autre année !