Dans la foulée de la diffusion du reportage de l’émission Enquête du jeudi 4 mars remettant en question la gouvernance et la gestion forestières au Québec, il est stupéfiant de constater l’hypocrisie des partis d’opposition, qui s’empressent de jeter le blâme sur le gouvernement actuel, comme si les problèmes soulevés étaient nouveaux.

 Hugo Asselin Hugo Asselin
Professeur à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, titulaire de la chaire Desjardins en développement des petites collectivités

En réalité, ce qu’a « révélé » le reportage était bien connu dans le milieu forestier depuis longtemps. Déjà en 2007, dans une étude indépendante produite à la demande de Greenpeace, j’avais utilisé les propres données du ministère des Forêts pour montrer que les problèmes n’étaient pas conjoncturels, mais structurels, et qu’ils dataient de plusieurs décennies. L’incurie forestière n’est donc pas l’apanage du parti actuellement au pouvoir.

La bonne volonté ne manque pourtant pas sur le terrain, comme en témoignent les lanceurs d’alerte entendus dans le reportage, qui ne sont pas les seuls qui voudraient bien faire, mais ne peuvent pas toujours.

Le poids démesuré de l’industrie dans la gouvernance et la gestion forestières soulève la question : au Québec, la forêt publique est-elle… privée ?

Face à l’à-plat-ventrisme du ministère des Forêts devant l’industrie, on nous répète jusqu’à plus soif que c’est normal puisque c’est un ministère à vocation économique. Cette justification apparaît pour le moins douteuse lorsqu’on sait qu’on perd collectivement plus d’un demi-milliard de dollars chaque année dans l’exploitation forestière. Il semble donc que la forêt publique soit privée… de vision.

Surcoupe

Permettons-nous un bref retour dans les années 80, alors que seule une infime partie du territoire forestier québécois était protégée. Le gouvernement avait alors autorisé une augmentation marquée des coupes forestières en prétextant que le réseau de plantations qui venait d’être mis en place générerait des volumes de bois importants. Ces promesses ne se sont pas matérialisées et l’industrie a été en situation de surcoupe jusqu’à ce que la commission Coulombe sonne la fin de la récréation.

Trente ans plus tard, on continue de créer des aires protégées principalement au nord de la limite d’exploitation commerciale des forêts et on propose d’augmenter les droits de coupe sous prétexte que la stratégie nationale de production de bois augmentera la productivité des forêts.

Ne dit-on pas que la folie consiste à refaire sans cesse la même chose, mais en espérant un résultat différent ?

Détrompez-vous, une commission d’enquête ne changera rien. Elle arrivera aux mêmes constats que les journalistes d’Enquête, qui répétaient les conclusions de la commission Coulombe, qui elle-même constatait une situation qui perdurait déjà depuis longtemps. Pourquoi ne pas utiliser les fonds publics à meilleur escient pour repenser notre lien à la forêt ? Par exemple, en mettant en place la foresterie de proximité promise dans la « réforme » forestière de 2010 mais qu’on attend toujours. On pourrait maintenir les emplois forestiers en faisant confiance aux communautés locales et autochtones pour trouver des façons originales et durables de mettre en valeur les multiples facettes des forêts.