Nous menons actuellement un projet sur l’adaptation des jeunes et des familles dans le contexte de la COVID-19 afin de comprendre ce qui aide à mieux fonctionner dans le contexte inédit que nous vivons tous et toutes depuis un an.

Publié le 23 févr. 2021
Catherine Laurier et Katherine Pascuzzo Professeures au département de psychoéducation de l’Université de Sherbrooke*

Lorsque nous avons lancé notre projet de recherche à l’été 2020, nous l’avons fait pour donner une voix aux adolescents confrontés à une situation inconcevable alors qu’ils traversent une période charnière de leur développement. Les premiers résultats de recherche nous montraient que les jeunes souffraient déjà horriblement de la situation qui nous a été imposée à tous et toutes : sentiments dépressifs, de désespoir et d’anxiété étaient malheureusement trop communs parmi les jeunes qui ont répondu à notre questionnaire.

Quand nous leur avons demandé ce qu’ils trouvaient difficile, en leurs mots, ils nous ont parlé du sentiment d’être abandonnés, d’être seuls et de ne pas voir quand la situation reviendrait à la normale. Nous en sommes maintenant au second temps de mesure, en cet hiver 2021, et ces mêmes jeunes continuent de souffrir de la situation actuelle. Oui, le retour à l’école leur permet au moins de voir un peu leurs amis, ce qui est vital pour eux, mais pas suffisant.

Près d’un an après le début de la pandémie, ils ont encore plus le sentiment de passer à côté de leur adolescence, certains jeunes évoquant ressentir un sentiment d’injustice.

Néanmoins, ce qui nous percute de plein fouet est de constater tous les deuils que ces adolescents ont subis depuis un an. Ces jeunes impliqués dans des activités parascolaires, des projets de coopération internationale, des causes environnementales, les cadets, le hockey mineur, le ballet classique, le soccer intérieur, la natation artistique, la gymnastique, l’athlétisme, le volleyball, le chant choral, le curling et j’en passe, ont dû mettre de côté ce qui leur plaît, les motive et les définit afin de protéger la société de la COVID-19. C’est si triste de constater cette « pause développementale » imposée aux jeunes de notre époque.

Un besoin vital de l’adolescent

Nous croyons aujourd’hui qu’il est important de prendre le temps de remercier les adolescentes et adolescents pour leurs efforts depuis la dernière année. Certains adultes pourraient croire à tort que les jeunes ne souffrent pas tant puisqu’ils ont tout ce dont ils ont besoin : un toit, de la nourriture, l’accès à l’éducation.

Or, on oublie un besoin tout aussi vital à l’adolescence : le développement à l’extérieur de la famille, ce qu’on appelle la socialisation.

C’est à travers les relations sociales et l’exploration hors du cadre familial que les adolescents poursuivent et raffinent leur développement.

Tout comme pour les jeunes enfants, ces explorations viennent en alternance avec un retour vers les premières figures significatives que sont les parents. Or, dans le contexte actuel, cette exploration hors du cadre familial est freinée, réprimée. Il sera essentiel que la société ne perde pas de vue ces enfants, adolescents à qui on a demandé une « pause de développement ». Il faudra les accompagner pour qu’ils retrouvent les activités et expériences qui leur procurent joie et épanouissement.

Reconnaissons que la situation est difficile et inédite, considérons-les, écoutons-les, aidons-les, aimons-les. L’adolescence est une période reconnue pour amener son lot d’égocentrisme, de sentiment d’invulnérabilité et de toute-puissance. Force est de constater que les adolescents de 2020-2021 n’ont pas pu être égocentristes. On leur a demandé de sacrifier certains pans de leur développement pour l’ensemble de la société. Les jeunes ont mis de côté des besoins fondamentaux pour permettre au monde d’espérer vaincre cette pandémie.

Nous souhaitons par cette lettre remercier les jeunes : merci pour tous vos efforts, nous les voyons, nous les soulignons, nous ne les oublierons pas. Et merci à vous, les parents, professeurs, intervenants qui les aident à faire face à l’inimaginable.

*Membres du Groupe de recherche et d’intervention sur les adaptations sociales de l’enfance (GRISE)

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