Dans quelques jours, le ministère de la Culture et des Communications du Québec commencera les travaux de révision des deux lois sur le statut de l’artiste. Pour nous, écrivaines et écrivains québécois, s’ouvre enfin une étape cruciale que nous attendions depuis des décennies pour structurer les conditions d’exercice de notre métier.

Suzanne Aubry Suzanne Aubry
Écrivaine, et près de 1000 autres signataires*

Depuis la promulgation des deux lois à la fin des années 1980, nous avons à plusieurs reprises dénoncé les dysfonctionnements de la loi qui régit notre discipline, la Loi sur le statut professionnel des artistes des arts visuels, des métiers d’art et de la littérature et sur leurs contrats avec les diffuseurs (S-32.01).

Cette loi, par sa nature vague et non contraignante, n’a jamais porté ses fruits et n’a d’aucune façon amélioré nos conditions socioéconomiques en plus de 30 ans.

Nos collègues artistes de la scène, qu’ils travaillent au théâtre, au cinéma, à la télévision, dans l’industrie musicale, en danse, etc., bénéficient d’une autre législation, la Loi sur le statut professionnel et les conditions d’engagement des artistes de la scène, du disque et du cinéma (S-32.1).

Cette loi, qui encadre la négociation d’ententes collectives, a permis des avancées imparfaites, mais considérables. Grâce à la loi S-32.1, les associations professionnelles protègent mieux le travail des artistes en leur offrant des conditions décentes de pratique de leur métier, un filet social et des recours à la médiation et à l’arbitrage, ce dont les auteurs littéraires sont entièrement privés.

Nous, écrivains du Québec, sommes des artistes à part entière, engagés dans un processus artistique rigoureux et exigeant. Notre souhait le plus profond est de pouvoir continuer à exercer ce travail en étant traités avec équité et justice.

Nous, écrivains du Québec, avons besoin, comme tout artiste, d’une loi forte qui nous attribue un véritable statut et qui reconnaisse les spécificités de notre pratique professionnelle. Nous avons besoin d’une loi qui reconnaisse notre droit à la négociation d’ententes collectives.

Nous, écrivains du Québec, ne pouvons plus continuer à recevoir des propositions de travail non rémunérées, ou si peu, au nom de la visibilité et de la promotion de nos œuvres.

Nous, écrivains du Québec, souhaitons mettre fin au déséquilibre qui perdure dans les rapports de force au sein du milieu littéraire, afin de ne plus jamais être contraints d’accepter des conditions de travail désavantageuses et irrespectueuses.

Nous, écrivains du Québec, sommes des citoyens et des travailleurs à part entière. Ces deux statuts confèrent à chacun des devoirs et des responsabilités, mais aussi des droits fondamentaux.

Pour toutes ces raisons, nous demandons à la ministre de la Culture et des Communications de profiter des travaux qui s’amorcent pour offrir aux écrivaines et aux écrivains une loi qui reconnaisse leur plein statut d’artistes professionnels maîtrisant leur art et œuvrant toutes et tous, individuellement et collectivement, à créer une littérature québécoise riche, diversifiée, ouverte et d’une qualité reconnue tant ici que partout dans le monde.

Nous lui demandons de reconnaître notre travail, notre apport à la société et notre engagement par l’entremise d’un cadre juridique clair et solide, indispensable à la survie et à l’essor de la littérature.

* Cette lettre a également été signée par Michel Tremblay, écrivain ; Marie-Claire Blais, écrivaine ; Biz, écrivain ; Michel Rabagliati, auteur de bandes dessinées ; Kim Thúy, écrivaine ; David Goudreault, écrivain et travailleur social ; Monique Proulx, écrivaine et scénariste de cinéma ; et quelque 1000 autres écrivains et alliés. Consultez la liste complète des signataires : www.uneq.qc.ca/actualites/lettre-ecrivains-artistes