Vous connaissez probablement la crise des surdoses aux opioïdes qui a causé la mort « évitable » de milliers de personnes au Canada et qui est exacerbée depuis le début de la pandémie! Si ce n’est pas le cas, je vous invite à vous informer sur le sujet.

Kristelle Alunni-Menichini Kristelle Alunni-Menichini
Chercheure postdoctorale au département de psychiatrie de l’Université de McGill et chargée de cours au programmes d’études et de recherche en toxicomanie de l’Université de Sherbrooke

En revanche, vous n’êtes peut-être pas conscient que l’acceptabilité sociale et les croyances rattachées à la consommation de substances sont un frein important pour l’adoption de politiques qui pourraient sauver des vies, comme la décriminalisation des drogues.

La situation actuelle

On est entre deux politiques contradictoires, la prohibition (interdiction des drogues) et la réduction des méfaits (pragmatique et humaine).

Pourtant, on sait maintenant que les conséquences de la prohibition dépassent largement ses bienfaits, amenant des conséquences graves sur la santé (crise des surdoses), l’économie (46 milliards en 2020) et la société (augmentation de la violence, ghettoïsation de certains quartiers, judiciarisation). Le résultat ? On criminalise les personnes qui consomment plutôt que de les soutenir2.

La première action concrète que l’on peut faire pour aider les personnes qui consomment des drogues, en particulier les plus vulnérables et marginalisées, est la décriminalisation de la possession simple de drogues.

Qu’est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire qu’on enlève le statut « criminel » d’une possession d’une petite quantité de drogue : la personne ne sera donc plus accusée au criminel pour avoir consommé, mais pourrait tout de même avoir des sanctions non pénales (par exemple, être dirigée vers un organisme). Cette politique permettrait de donner un peu de répit à ces populations, en plus d’être un levier important pour améliorer leur santé, par exemple en permettant l’analyse des drogues (composition et présence du fentanyl) avant qu’elles soient consommées et ainsi réduire les surdoses possibles. Plusieurs pays et certains États américains donnent déjà l’exemple.

Ce que nous disent les études

Notre meilleur indicateur est le Portugal ! Près de 20 ans après la décriminalisation des drogues, on ne dénote aucune augmentation marquée de la consommation, mais une diminution des morts liées à l’usage de drogues, des troubles d’usage de certaines drogues, dont l’héroïne, et de la propagation du VIH, en plus d’un désengorgement des tribunaux et des milieux carcéraux.

Un autre exemple plus proche de nous : deux ans après sa légalisation, il n’y avait pas une augmentation marquée de la consommation de cannabis, et il y aurait même une diminution de celle-ci chez les jeunes3.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ces politiques n’encouragent pas les personnes à consommer, mais ont réellement des impacts positifs sur les personnes qui consomment.

Devant ces faits, les chercheurs du domaine, la Santé publique, plusieurs villes (Montréal, Toronto et Vancouver) ainsi que plusieurs corps policiers (SPVM) appuient la décriminalisation de la possession simple de drogue !

Pourquoi ne va-t-on pas de l’avant ?

Les gouvernements tentent d’aller le plus souvent dans le même sens que sa population. Et là, l’acceptabilité sociale de la décriminalisation des drogues n’y est pas encore. À titre d’exemple, je vois souvent des commentaires comme « Grossière erreur, combien de jeunes et moins jeunes essaieront ces drogues et deviendront accros […] » (anonyme), soit des commentaires qui sont basés sur nos croyances plutôt que sur les faits.

Alors oui, les drogues font peur ! Mais puisque la consommation de substances existe depuis toujours et ne va pas disparaître demain, nous devons, en tant que société, prendre position et opter pour des pratiques qui ont démontré leur efficacité, comme l’éducation et la décriminalisation des drogues.

Alors, il est maintenant temps de prendre la parole en faveur de la décriminalisation !

1 Lisez « Décès reliés à une intoxication suspectée aux opioïdes ou autres drogues au Québec » 

2 « Drogues : Prohibition, décriminalisation et réduction des risques », Dumand, D., & Doublet, G., 2011

3 Lisez « Qu’est-ce qui a changé depuis la légalisation du cannabis ? »