La transition du pouvoir maintenant accomplie aux États-Unis, on peut donc conclure que la démocratie a fini par triompher. Contre toute attente, l’assermentation de Joe Biden à titre de 46président et de Kamala Harris en tant que première vice-présidente s’est déroulée de façon sécuritaire, malgré les violences survenues au Capitole le 6 janvier dernier.

Publié le 28 janv. 2021
John Parisella
John Parisella Professeur invité au CERIUM, ancien délégué général du Québec (New York et Washington) et conseiller spécial chez National

Même si une proportion importante de la population américaine continue de remettre en question la légitimité de la victoire Biden-Harris, force est de reconnaître que le processus électoral s’est achevé dans la transparence et est resté fidèle à la Constitution. Plus de 67 % des Américains se sont prévalus de leur droit de vote sur fond de pandémie, de tensions raciales et de profond recul économique.

De leur côté, les États américains ont rigoureusement agi dans le respect de leurs lois électorales respectives. Le 8 décembre dernier, les résultats ont été certifiés en bonne et due forme, alors que six jours plus tard, ils ont été confirmés par le collège électoral (306-232 votes électoraux en faveur de Joe Biden). Le Congrès a finalement officialisé le tout le 6 janvier.

Et maintenant, à surveiller

Certes, le pays se trouve aujourd’hui plus polarisé et divisé sur le plan politique que jamais dans son histoire moderne.

Le 3 novembre dernier, la vague bleue (démocrate) tant attendue n’a pas déferlé…

Même si les démocrates ont remporté la Maison-Blanche de façon décisive, ils ont néanmoins perdu des sièges à la Chambre des représentants (en en gardant tout de même le contrôle).

Du côté du Sénat, à la suite des élections du 5 janvier en Géorgie, il se retrouve aujourd’hui divisé à égalité (50 sénateurs de chaque côté). Seule la vice-présidente Harris (également présidente de la Chambre haute, en vertu de la Constitution) peut assurer le contrôle aux démocrates. Bref, les troupes de Joe Biden sont loin d’y détenir le contrôle absolu.

Pendant ce temps, le Parti républicain subira les conséquences de sa défaite. Un schisme grandissant est à prévoir entre la faction « trumpiste » (largement dominante auprès de la base de ce parti), les républicains qui n’osent pas se dissocier ouvertement de Trump et les républicains plus traditionnels et anti-Trump (comme ceux du Lincoln Project). Cette division risque de se creuser davantage plus on approchera du cycle électoral de mi-mandat de 2022.

À la suite de l’émeute du 6 janvier au Capitole, la Chambre des représentants a majoritairement (avec l’appui de 10 républicains) voté pour la destitution (l’impeachment) de Donald Trump, à qui on reproche d’avoir incité ses partisans à cette violence. Le procès de l’ancien président (seulement le deuxième de l’histoire américaine à subir ce sort) débutera le 9 février.

Encore là, il est à prévoir que cette procédure suscitera des tensions partisanes. Dix-sept sénateurs républicains devront joindre la majorité démocrate pour rencontrer le critère des deux tiers des votes (67 sénateurs) et ainsi en arriver à un verdict de culpabilité contre l’ancien président. Même s’il est peu probable que cela réussisse, tout ce processus n’est rien pour réduire la polarisation au Congrès !

Cela dit, l’insurrection au Capitole laissera aussi des séquelles. Plusieurs arrestations ont déjà été effectuées et les procès suivront. Pendant ce temps, des enquêtes se poursuivront, lesquelles pourraient confirmer l’existence d’un mouvement organisé de terrorisme intérieur.

C’est sans compter que depuis l’assermentation du président Biden, rien n’indique que le leadership républicain soit enclin à coopérer avec la nouvelle administration.

Les priorités de Biden

Dès son premier jour à la Maison-Blanche, le président Biden a agi avec détermination. Il a signé une multitude de décrets sur la gestion de la pandémie, l’environnement (annulation de Keystone XL et réintégration de l’accord de Paris), l’immigration (une approche plus inclusive et diversifiée), la réintégration des personnes transgenres dans l’armée et le retour à une approche multilatérale sur le plan international. C’est sans oublier sa promesse de vacciner contre la COVID-19 100 millions d’Américains dans les 100 premiers de son administration !

Mais au-delà des décrets, l’administration Biden-Harris doit composer avec le Congrès. Il devra faire confirmer par le Sénat les nombreuses nominations dans son cabinet. Pour expédier ce processus, il faudra la coopération des républicains.

Le duo Biden-Harris propose aussi un ambitieux plan de relance économique de près de 2000 milliards de dollars pour lutter contre les impacts de la COVID-19. Certains républicains ont déjà manifesté leur opposition et pourront se livrer à de l’obstruction formelle (filibuster) au Congrès.

Lors de son discours d’investiture, le président Biden a brossé un portrait réaliste des défis à venir tout en faisant appel à l’unité, en reconnaissant la primauté de la science en matière de santé et en présentant une vision d’espoir. Biden est lui-même un gestionnaire reconnu pour son ouverture aux compromis et son penchant pour des solutions bipartisanes.

Bref, le nouveau président a voulu projeter une image d’optimisme et de confiance en l’avenir. Reste à voir si cela sera suffisant pour insuffler un nouvel élan à la démocratie américaine.

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