L’auteur s’adresse au premier ministre du Canada, Justin Trudeau

Bradley Small
Commandant

Monsieur Trudeau, vous ne vous souvenez peut-être pas de moi, mais nous avons passé beaucoup de temps ensemble lors des dernières élections. Pendant les deux premières semaines de votre campagne, j’ai été affecté au rôle de commandant du 737 que vous avez utilisé pour faire la tournée du pays.

J’ai été heureux d’apprendre à vous connaître pendant ces deux semaines. Nous avons eu de belles conversations et échangé quelques bonnes blagues entre deux vols. Je me souviens que je me sentais entre de bonnes mains, convaincu que vous étiez la bonne personne pour diriger notre gouvernement. Tout comme vous nous faisiez confiance, à mon copilote et à moi, pour vous emmener aux différentes escales de votre campagne, j’avais confiance en vous pour l’avenir de notre pays. J’ai fièrement voté pour vous le 21 octobre 2019.

La pandémie est arrivée quatre mois plus tard. Toute l’industrie aérienne du Canada s’est alors mobilisée pour rapatrier les Canadiens des quatre coins du monde. À votre demande, les pilotes, agents de bord et agents des services au sol ont travaillé sans relâche et sans protection pour accomplir cette tâche et ramener tout le monde en sécurité. Une fois cette mission terminée, les frontières ont été fermées, les avions ont été cloués au sol, les compagnies aériennes ont cessé leurs opérations et les mises à pied massives ont commencé.

PHOTO FOURNIE PAR L’AUTEUR

Bradley Small et le premier ministre Justin Trudeau pendant la campagne électorale de 2019

Rapidement, d’autres pays ont annoncé des mesures de soutien spécifiques pour leur industrie aérienne. L’un après l’autre, les autres pays se sont engagés à offrir un soutien financier substantiel, en reconnaissance de l’effet dévastateur sans précédent de cette crise sur notre industrie, en reconnaissance de notre rôle capital dans l’économie et de la nécessité de nous fournir une aide ciblée.

Près d’un an plus tard, votre gouvernement est le seul parmi tous les pays du G7 à ne pas avoir annoncé de soutien sectoriel. Vous avez plutôt fait le choix d’ignorer nos nombreux appels à l’aide, d’ignorer notre angoisse et notre désespoir.

Aujourd’hui, vous nous méprisez, vous nous accablez de reproches et vous nous humiliez. Vous nous avez totalement abandonnés.

Des dizaines de milliers de pilotes, d’agents de bord, de mécaniciens, de régulateurs de vol, de préposés à l’affectation des équipages, d’agents du service à la clientèle et de bagagistes de partout au pays sont aujourd’hui sans emploi et sans aucun espoir. Nous sommes des citoyens honnêtes, des professionnels hautement spécialisés qui avons contribué de manière importante à notre société et à notre économie tout au long de nos carrières. Nous ne méritons tout simplement pas de nous faire traiter ainsi.

Les certitudes se font rares ces jours-ci. Je ne sais pas si j’aurai toujours un emploi le mois prochain. Je ne sais pas si mon employeur survivra. Je ne sais pas combien de mes amis et collègues auront perdu leur maison et leurs économies de retraite après cette crise. Mais je suis certain d’une chose : votre inaction ne sera jamais oubliée.