En ce début d’année où les résolutions de mise en forme et de perte de poids trouvent leur place dans nos actions, mais surtout dans nos pensées, permettez-moi de faire un parallèle un peu douteux entre les mesures sanitaires et les régimes alimentaires. En effet, je vois les mesures sanitaires comme un régime national que nous suivons collectivement depuis plusieurs mois en espérant perdre des points sur la balance à chaque annonce de pesée de Christian Dubé.

Boucar Diouf Boucar Diouf
Humoriste, conteur, docteur en biologie et animateur

Régimes et mesures sanitaires s’accompagnent aussi de frustrantes privations qui nécessitent d’être maintenues même si l’on commence à voir les résultats tant espérés et que l’envie de retomber dans nos vieilles habitudes nous titille de l’intérieur. Enfin, pour les régimes comme pour les restrictions imposées par la lutte contre la COVID-19, les tricheries représentent des embûches majeures. Mais si, dans le cas d’un véritable régime amaigrissant, le fait de tricher ne nuit qu’à celui qui monte sur la balance, ne pas respecter les règles sanitaires fait suer tous ceux qui subissent les lourdeurs du confinement.

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

« Si, dans le cas d’un véritable régime amaigrissant, le fait de tricher ne nuit qu’à celui qui monte sur la balance, ne pas respecter les règles sanitaires fait suer tous ceux qui subissent les lourdeurs du confinement », écrit Boucar Diouf.

C’est comme si chaque fois que Gérald se tapait une poutine X-Large avec deux portions de gâteau au fromage parce que son moral est au plus bas, Gisèle prenait 5 livres même si elle a fait du tapis roulant pendant 60 minutes. Dans ce cas de figure injuste, il est absolument compréhensible que Gisèle finisse par qualifier Gérald de tous les noms d’oiseaux !

Autrement, quand l’irresponsabilité des uns devient un poids pour ceux qui acceptent d’adhérer strictement aux sacrifices demandés, la bisbille finit par détricoter la cohésion nationale.

C’est pour cette raison que les tricheurs déchaînent des passions et provoquent de fortes levées de boucliers médiatiques. Pas facile de réprimer son exaspération quand on apprend que des gens organisent des fêtes illégales dans des hôtels parce qu’ils sont incapables de décrocher de leurs désirs et de contribuer à l’effort de solidarité. Surtout quand on sait que nous allons collectivement payer la note à chaque réception.

Ces tricheurs, dirait mon grand-père, sont comme des éléphants qui dansent sans se soucier des souris victimes de leurs faux pas et trébuchements. Cette position de vulnérabilité des petits rongeurs qui écopent pendant que les pachydermes s’amusent, c’est celle dans laquelle se trouvent les plus vulnérables, mais aussi, dans une moindre mesure, le citoyen qui ne voit pas le résultat de ses sacrifices sur la balance de Christian Dubé malgré son strict respect du régime Arruda. Un régime qui n’a rien de totalitaire, n’en déplaise à certains qui confondent fascisme et solidarité tout en prônant une dangereuse démesure sanitaire. Surtout que s’il est bien suivi, le régime Arruda a la merveilleuse propriété d’aplatir les courbes les plus tenaces même si on s’empiffre de tartelettes portugaises.

Se sentant injustement écrasés sous le poids des incivilités éléphantesques des je-m’en-foutistes, certains ont envie de crier outrageusement à ces égocentriques que leurs besoins irrépressibles de prendre de l’air commencent à asphyxier leur vie. Pensez ici à la colère qui a traversé la population lorsqu’on a vu des images de touristes québécois dansant sur des plages ensoleillées pendant qu’on n’avait pas même le droit de voir nos proches qui habitent en face. Si ces images ont grandement choqué, découvrir que ces voyageurs pouvaient bénéficier de 1000 $ de fonds publics pendant leur confinement post-vacances a été la goutte d’eau de mer qui a fait déborder le vase. Une violente indignation qui a poussé le Parti libéral du Canada à se dépêcher de colmater la brèche. Je parie que s’il y avait des élections pendant cette saga des vacanciers subventionnés, l’épisode aurait pu être aussi destructeur pour Justin Trudeau que la fameuse épicerie à 75 $ par semaine qui avait coûté beaucoup de plumes à Philippe Couillard en 2018.

Il faut se ressaisir !

Quand on y pense, il ne reste que les mois de février et de mars à endurer. Dès avril, on pourra ouvrir les fenêtres et ce sera déjà moins lourd, car nous aurons devant nous le printemps et l’été pour accélérer la marche vers la normalité. Maintenant que cette belle lumière est à portée de main, se relever les manches, resserrer les rangs (jusqu’aux 2 mètres réglementaires) et lancer l’assaut final contre la COVID-19 est la seule chose à faire.

Faisons-le pour protéger les plus vulnérables contre ce virus, mais aussi toutes ces personnes atteintes d'autres maladies sérieuses et qui ne savent pas quand elles se feront soigner.

Tous ces enfants, mères, grand-mères, pères et grands-pères privés de soins nous disent silencieusement de redoubler d’efforts pour empêcher que le délestage dans les hôpitaux ne prolonge indirectement la mortalité de la COVID-19 longtemps après la fin de la campagne de vaccination.

Alors, en ces temps critiques que traversent les hôpitaux, si l’envie de tricher ou de voyager vous prend, la meilleure façon de sublimer la tentation est de se poser cette vraie question qui tue : « Ne devrais-je pas tout faire pour éviter que les travailleurs de la santé portent sur leurs épaules, déjà lourdement chargées, l’odieuse responsabilité de jouer à cette dramatique téléréalité qui consiste à se demander qui mérite d’être sauvé ou pas ? » Limitez donc votre réseau de contacts, parce que nos soins intensifs ne peuvent assurément pas se permettre une occupation double.