Depuis trop longtemps négligée, notre école québécoise est en souffrance, comme nous le savons tous.

Publié le 18 janv. 2021
Maurice Tardif et Guy Bourgeault Respectivement professeur titulaire et professeur émérite à l’Université de Montréal, et plus de 240 autres signataires*

De nombreux maux l’affectent : compressions budgétaires successives, bâtiments insalubres, infrastructures informatiques désuètes, réformes inabouties, bureaucratisation outrancière et négation de l’autonomie du personnel éducatif, précarité endémique parmi les enseignants, réduction de la formation scolaire à des données comptables et à des tests, le tout engendrant un système à trois vitesses entraînant inévitablement des inégalités entre une minorité de gagnants et trop de jeunes perdants.

Ces maux sont bien connus et largement documentés. Ils ont d’ailleurs été au cœur des résolutions de la dernière Commission des états généraux sur l’éducation il y a 25 ans.

Or, l’actuelle pandémie, dont la fin reste encore très incertaine, n’a fait qu’exacerber ces problèmes, particulièrement au détriment des élèves les plus vulnérables, mais aussi des enseignants et des autres acteurs scolaires de plus en plus épuisés, voire désemparés. Les familles et tous les enfants du Québec subissent les contrecoups de cette situation chaotique et alarmante au fur et à mesure qu’elle se prolonge.

Une chose semble toutefois certaine, cette pandémie va laisser pendant plusieurs années de nombreuses séquelles parmi les élèves : retard d’apprentissage, décrochage, perte de motivation, fragilité psychologique, etc. Les enseignants seront aussi durement affectés : abandon de la profession, retraite anticipée, accroissement de la pénurie d’enseignants qualifiés, etc. On observe également les mêmes conséquences pour l’ensemble des personnels scolaires (directions, professionnels, techniciens, éducatrices, etc.), dont on parle trop peu et dont on sous-estime sans doute aussi l’actuelle détresse.

Dépasser une vision strictement sanitaire de l’école

Malheureusement, jusqu’à maintenant, la réflexion politique et éducative sur ces nombreux enjeux qui persistent depuis plusieurs décennies semble largement évacuée au profit d’une approche strictement sanitaire. Certes, cette approche paraît nécessaire, car la COVID-19 est une véritable boîte à mauvaises surprises qui exige du gouvernement une suite continue d’adaptations, voire d’improvisations, comme le montre l’extrême diversité des solutions proposées par les États à travers le monde pour assurer le fonctionnement minimal de l’école.

Nous considérons cependant qu’en matière scolaire, la responsabilité du gouvernement, et plus largement de toute la société québécoise, ne peut se limiter à la résolution de questions logistiques : trouver des masques, installer des ventilateurs, acheter des tablettes, mettre des cours en ligne, etc.

La crise soulève une question autrement plus importante et plus urgente qui engage notre responsabilité collective : quelle école voulons-nous voir renaître de cette crise ? Sommes-nous encore à la recherche de cataplasmes et d’expédients ? Souhaitons-nous reprendre au plus vite le chemin de l’école telle qu’elle était avant la crise avec tous ses maux ? Ou sommes-nous plutôt prêts collectivement, en dépit des multiples urgences sanitaires du présent, à regarder en avant afin de relancer l’école, mais aussi et surtout de la repenser, voire de la transformer au bénéfice de tous ?

Il n’existe pas et n’existera jamais de vaccin pour faire apprendre les enfants, pour les guider et les soutenir dans leur développement. C’est à nous, Québécoises et Québécois, d’accepter d’élever notre pensée collective à la hauteur des défis qui attendent l’école de demain.

La pandémie est une occasion de repenser notre école

Il nous semble donc que le temps est venu pour les autorités politiques et éducatives de poser clairement ces questions, afin de préparer l’école et la société québécoise à les assumer collectivement et démocratiquement. En effet, si la pandémie s’accompagne forcément de difficultés et de craintes multiples, elle peut aussi s’avérer une source d’espoirs et de renouveau.

Nous avons besoin dès maintenant d’une réflexion en profondeur conduisant à un vaste plan de relance éducative de notre école et non pas seulement de stratégies sanitaires.

Il est plus que jamais nécessaire que nous nous demandions collectivement quelle école nous voulons pour nos enfants. Un tel plan ne peut évidemment pas être décrété et imposé encore une fois d’en haut, comme l’ont été trop de réformes depuis 25 ans. Il requiert une mobilisation générale de l’ensemble des personnes, familles et organismes qui ont à cœur la qualité de l’éducation et reconnaissent l’importance cruciale de l’école.

C’est pourquoi nous demandons que, dès que la situation sanitaire le permettra, le gouvernement et le ministère de l’Éducation, avec l’aide du Conseil supérieur de l’éducation, mettent en chantier le plus rapidement possible et à la grandeur de la province de nouveaux états généraux pour l’avenir de l’éducation au Québec, un avenir qui n’est en vérité rien d’autre que celui de la société que nous offrons à nos enfants.

*Cosignataires : Claude Lessard, professeur émérite à l’Université de Montréal et ex-président du Conseil supérieur de l’éducation ; Georges Leroux, professeur émérite à l’Université du Québec à Montréal ; Guy Rocher, professeur émérite à l’Université de Montréal ; et 240 autres signataires

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