Depuis l’automne, les cas de COVID-19 augmentent malgré les mesures instituées. Le confinement en cours, assorti d’un couvre-feu, vise à reprendre le contrôle d’une situation difficile qui menace des vies et l’intégrité même de notre système de soins de santé. Mais pour que ce confinement soit le dernier, il faut mieux dépister pour isoler plus rapidement et mieux communiquer pour impliquer davantage toute la société.

Marie-Pascale Pomey, Roxane Borgès Da Silva, Richard Marchand et Abdo Shabah
Respectivement professeures et médecins, et plus de 200 autres signataires*

À la suite de la hausse récente des cas, le premier ministre a interdit fin novembre les rassemblements des Fêtes. Un confinement comportant la fermeture temporaire de certains commerces a ensuite été institué le 25 décembre. Mais les cas, les hospitalisations et les décès ont continué d’augmenter, menant au choix de décréter le couvre-feu actuel, similaire à celui instauré dans d’autres pays d’Europe à l’automne.

De telles mesures ont contribué un peu partout dans le monde à réduire la contagion par contacts sociaux, suscitant peut-être aussi une prise de conscience des risques et conduisant à une reprise de contrôle de situations difficiles.

Jusqu’à ce que le taux de vaccination soit suffisant, il faut profiter de ce nouveau confinement et de la baisse attendue des cas pour compléter notre propre arsenal d’interventions afin de contrer à plus long terme la propagation virale grâce à une stratégie renforcée de dépistage et une communication adaptée. Ceci est d’autant plus important dans un contexte où de possibles variants du virus SARS-CoV-2, plus contaminants, pourraient se propager au Québec.

Mieux dépister pour isoler plus rapidement

Il est important de s’assurer que les opérations de dépistage, de traçage et d’isolement des contacts, dans la lutte contre le virus, soient renforcées, afin de viser des résultats à la hauteur des attentes. Il est impératif de raccourcir le délai entre le prélèvement et l’isolement des contacts des cas positifs pour contrôler efficacement la propagation virale. Pour cela, un réajustement de nos stratégies est requis.

Identifier plus rapidement les cas positifs, notamment les symptomatiques et les super-propagateurs, qui transmettent le virus à beaucoup de gens dans des lieux à haut risque de contamination, constitue une clé de la réussite.

À cet égard, nous pensons que l’accès simple et à grande échelle sur tout le territoire à des tests rapides combinant plusieurs types de tests permettant d’obtenir un résultat en quelques minutes pourrait changer la donne, en particulier dans les lieux de propagation du virus.

Plutôt que de se placer uniquement dans une logique diagnostique avec des tests de précision réalisés en laboratoire, les tests rapides permettent de développer une logique de santé publique et de gestion de risque. Grâce à des résultats obtenus en quelques minutes, ils peuvent contribuer efficacement à réduire la propagation communautaire, en réduisant au maximum les délais pour limiter les possibilités de propagation et d’éclosion.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Un test salivaire tel qu’utilisé dans des écoles de Laval depuis l’automne dernier.

Ces tests devraient être disponibles partout où cela est requis, dans les pharmacies, dans les groupes de médecine de famille, dans les CHSLD et les résidences pour personnes âgées, chez les professionnels de la santé et dans les bureaux de santé des entreprises ainsi que dans tous les milieux fréquentés que l’on souhaite garder ouverts, comme les écoles et les milieux de travail.

Une telle accessibilité au dépistage pourrait aider la population à mieux s’impliquer dans la gestion individuelle et collective de la pandémie en identifiant plus précisément les personnes à risque de transmission. Cela permettrait de garder les travailleurs de la santé en poste (en attente de résultat ou en isolement préventif) et d’éviter une partie du délestage de nombreuses activités médicales et chirurgicales préjudiciables et dramatiques pour la santé de nombreuses personnes.

Mieux communiquer pour mieux impliquer

Au-delà d’une stratégie renforcée de dépistage, traçage et isolement, la communication demeure au cœur de cette lutte pandémique. Pour sensibiliser plus efficacement, une plus grande diffusion des données spécifiques nous semble requise, afin que la population soit davantage partie prenante des décisions et pour accroître son adhésion aux recommandations de la Santé publique.

Mieux comprendre la provenance des cas, la justification des mesures et les objectifs visés par le gouvernement et la Santé publique doivent être intégrés à cet effort de transparence.

Il est également important d’accentuer la promotion de la prévention en préparant mieux la population et les milieux de travail aux suites du confinement, par exemple avec des campagnes de communication grand public et en utilisant des stratégies nouvelles, incluant l’humour ou la musique, pour valoriser l’implication de tous.

La lumière au bout du confinement

Le confinement, une expérience difficile pour tout le monde, peut devenir en retour un moment privilégié pour consolider notre approche et mettre en place des mesures qui apparaissent cohérentes. S’il s’agit pour l’instant de contrôler le pire, malgré des impacts économiques et sociaux importants sur l’ensemble de la société, notre souhait commun d’éviter un éventuel retour en confinement doit nous pousser à tout faire pour espérer retrouver une vie normale.

Pour viser un faible niveau de propagation virale au sortir des prochaines semaines et le maintenir ensuite, nous devons absolument compléter notre arsenal d’outils. Et vous savez quoi ? Ensemble, nous pouvons y arriver.

*Consultez la liste des cosignataires