L’industrie fait face à un gouffre sans fond et navigue dans le brouillard depuis la fin mars. Depuis le déconfinement du printemps, alors que la grande majorité des industries aux pays ont redémarré, le secteur de l’aviation demeure encore aujourd’hui quasiment à l’arrêt.

Pierre Lessard, David Waditschatka et Vincent Van Winden
Respectivement président, vice-président et secrétaire-trésorier de Conseil exécutif principal des pilotes d’Air Transat

À la fin mai, le ministre des Transports, Marc Garneau, a pris la défense des compagnies aériennes au pays en déclarant que le remboursement immédiat de tous les billets d’avion annulés aurait un impact désastreux sur tout le secteur de l’aviation, voire même des faillites.

Après un long silence, le 28 septembre le ministre a accordé une entrevue à Paul Arcand. L’entretien en question était source d’espoir pour tous, car le gouvernement sortait enfin de son mutisme. Plusieurs déclarations importantes y ont été faites : « Ce qui est arrivé aux compagnies aériennes est catastrophique, ils ont perdu 90 à 97 % de leurs revenus, leur survie est en question. » « Nous sommes en train d’étudier […] pour trouver des solutions pour assurer leur survie. » « Il faut faire un diagnostic avant de décider quoi faire. » M. Arcand lui a demandé s’il avait un échéancier et la réponse a été le plus vite possible, reconnaissant que le secteur aérien est un cas particulier.

Un mois plus tard, le 8 novembre, le ministre des Transports a publié un communiqué de presse reconnaissant que la pandémie a touché très durement le secteur de l’aviation et que l’industrie ne peut relever ce défi seul. Le gouvernement prévoyait enfin commencer les discussions avec les compagnies aériennes dans la semaine.

À la suite de cette annonce, le discours a changé et le ministre a déclaré qu’il ne dépenserait pas d’argent public tant que les compagnies aériennes ne rembourseraient pas leurs clients pour les vols annulés.

À l’échelle internationale, l’aide directe aux compagnies aériennes avoisine maintenant les 200 milliards de dollars et certaines compagnies négocient d’autres aides. À titre d’exemple, le 6 mai, Air France a reçu 7 milliards d’euros. Le 25 mai, Lufthansa a reçu 9 milliards d’euros. Le 25 juin, KLM a reçu 3,4 milliards d’euros. Ces montants excluent l’aide reçue en subventions salariales.

Après 10 mois d’une pandémie qui ne finit plus, le gouvernement fédéral n’a pas accordé d’aide spécifique au secteur aérien.

De plus, plusieurs pays ont aussi mis en place des programmes de tests aux aéroports pour les passagers de retour au pays. À l’automne, l’aéroport de Francfort avait une capacité de 20 000 tests PCR par jour. La France fait des tests rapides depuis le 7 novembre.

L’Alberta a annoncé à la fin octobre l’implantation d’un projet pilote de tests à l’aéroport de Calgary. Les passagers font un test PCR à l’arrivée. Après la réception de leur résultat, s’il est négatif, leur quarantaine est levée à condition de respecter de nombreuses mesures strictes et de faire un deuxième test six à sept jours plus tard.

Depuis des mois, l’industrie réclame des tests à l’arrivée à la grandeur du pays.

Sans aucune consultation avec l’industrie, le gouvernement a annoncé le 31 décembre l’imposition de tests PCR aux passagers à l’étranger comme prérequis pour être admis sur un vol en direction du Canada. Une action qui est improvisée et qui est critiquée par I’Association internationale du transport aérien et le Conseil national des lignes aériennes du Canada.

Aujourd’hui, pour assurer la survie de l’industrie, nous avons besoin d’une aide sectorielle et des tests dans les grands aéroports canadiens. Quand le gouvernement va-t-il annoncer de l’aide et exécuter ce plan ? Les travailleurs attendent impatiemment que le gouvernement soutienne notre industrie.