Jusqu’à maintenant, les divers gouvernements s’entendent pour maintenir les frontières ouvertes. Espérons que cela continue.

Sylvain Charlebois Sylvain Charlebois
Collaboration spéciale

Avec la pandémie, l’anxiété autour de l’accès à la nourriture se perçoit partout en Occident. L’achat de panique par les personnes en confinement a déjà démontré la fragilité des chaînes d’approvisionnement alors que les rayons des supermarchés se sont vidés dans de nombreux pays, dont le Canada.

En voyant les tablettes se remplir à travers le réseau, de nombreux consommateurs se sentent rassurés. À maintes reprises, les spécialistes tentent de rassurer la population en répétant que la sécurité alimentaire ne sera jamais compromise dans la mesure où la frontière demeure ouverte. Cependant, comme le pire de la pandémie reste à venir, tout peut encore arriver.

Le bon fonctionnement des chaînes d’approvisionnement est assuré par la bonne volonté des pays à vouloir partager leur richesse et leur savoir avec d’autres.

Le commerce repose sur le principe que personne ne peut être bon et efficace dans tout. Étant un pays nordique, le Canada subit un certain désavantage climatique, et ses relations avec d’autres partenaires à l’étranger permettent à son économie agroalimentaire de colmater diverses lacunes. Nous achetons et nous vendons ailleurs dans le monde et il en va de même pour les autres pays. Les pays dépendent les uns des autres. Un principe simple et fondamental.

PHOTO CHRISTINNE MUSCHI, REUTERS

Un camion traverse le Seaway International Bridge des États-Unis vers le Canada, sur l’île de Cornwall, en Ontario.

Mais en temps de crise, ce principe peut facilement tomber aux oubliettes. Certains États réagissent parfois très mal lorsque la peur prend le dessus et dicte leurs décisions. Depuis le début de la crise de la COVID-19, tous les efforts se font pour que les flux commerciaux circulent le plus librement possible, spécialement pour éviter les pénuries alimentaires. Essentiellement, le message de l’Organisation des Nations unies et de plusieurs gouvernements du monde, dont le Canada et les États-Unis, partagent cette notion.

Préserver la chaîne d’approvisionnement

L’ONU a même souligné avec conviction que lorsqu’il s’agit de protéger la santé et le bien-être de leurs citoyens, les pays devraient veiller à ce que toute mesure liée au commerce ne perturbe pas la chaîne d’approvisionnement alimentaire. Mais l’agence mondiale a aussi livré un message plus provocant dans son communiqué cette semaine en révélant que le monde risque de faire face à une pénurie alimentaire si les autorités ne parviennent pas à gérer correctement l’épidémie de la COVID-19.

Pour l’instant, le cap est maintenu sur l’ouverture des marchés et le commerce sans interruption. Mais les gouvernements du monde entier tentent de freiner la propagation de la COVID-19 en limitant les mouvements de la population ; le commerce international et les chaînes d’approvisionnement alimentaire commencent à démontrer des signes de ralentissement. Le domaine agricole s’inquiète avec le dossier épineux des travailleurs étrangers, celui de la transformation constate des perturbations causées par des fermetures d’usine impromptues, tandis que le camionnage, qui assure le lien entre les maillons de la chaîne, est parfois ralenti par une surveillance routière accrue. L’ensemble de la chaîne est éprouvé.

Sans contredit, le monde se trouve à quelques cheveux d’un ralentissement majeur du commerce des biens agroalimentaires. Cela se sent partout. Les frontières se fragilisent de jour en jour et l’ONU a bien fait de rappeler les gens à l’ordre, surtout maintenant.

L’incertitude sur la disponibilité des aliments peut littéralement déclencher une vague de restrictions à l’exportation, créant une pénurie sur le marché mondial.

Et pour nous, ce sont les États-Unis qui sont les plus inquiétants. Le nombre de cas positifs de la COVID-19 chez nos voisins du Sud devient alarmant, le nombre de décès aussi. Pour en rajouter, plus de 10 millions d’Américains ont perdu leur emploi dans les deux dernières semaines, du jamais vu. Ces chiffres font très peur. Et malheureusement, nous savons tous comment la peur peut influencer les Américains… il suffit de regarder le mur érigé à la frontière américano-mexicaine. Il demeure tout de même peu probable que des complications frontalières se créent sur le continent nord-américain, mais ce n’est pas impossible.

Les choses se compliquent déjà un peu partout sur la planète. La Russie a publié un décret gouvernemental établissant un quota d’exportation pour certaines céréales jusqu’à la fin du mois de juin, alors que ses cas de virus augmentaient. La corrélation entre le nombre de cas recensé et la nervosité des gouvernements est très forte. Espérons que nos gouvernements nord-américains garderont leur calme.