On s’entend : 2020 aura été éprouvante pour à peu près tout le monde. Dernière tuile à nous tomber sur la tête : l’interdiction des rassemblements pendant les Fêtes. Mais il y a une catégorie de personnes qui aura peut-être la chance de se reposer, voire de se réjouir, de l’annulation de ces célébrations en grosse gang. Qui sont ces ingrats asociaux ? Ce sont les personnes grosses.

Edith Bernier Edith Bernier
Fondatrice de Grossophobie.ca et autrice de Grosse, et puis ? – Connaître et combattre la grossophobie

Les personnes grosses qui ont passé une bonne partie de l’année dans le tordeur inconscient collectif. (Elles ne sont pas les seules, remarquez.) À peine sorties des résolutions de perte de poids et autres régimes du début de l’année 2020, la pandémie leur a imposé un feu roulant de grossophobie. Une déferlante de body shaming, à grands coups de mèmes et autres publications, notamment sur les réseaux sociaux. Partout, on relayait que prendre du poids est la pire chose pouvant émaner du confinement.

C’est à se demander si on n’avait pas oublié que c’est une pandémie qui nous avait menés à cet isolement forcé. Que c’est un virus dangereux qui leur avait imposé ce nouveau duel quotidien, soit celui de devoir résister à ouvrir leur frigo et leur garde-manger.

Pendant des mois, on nous a rappelé que nous étions la représentation du « cauchemar corporel » des Québécois.

Ces personnes grosses qui encore trop souvent pendant le temps des Fêtes se font questionner sur leur poids (« As-tu engraissé ? ») ou leur consommation alimentaire (« Es-tu sûre que tu devrais manger tout ça ? »). Qui se voient offrir des conseils en tout genre (« Essaie telle diète. Ç’a marché pour matante Pierrette, on ne la reconnaît plus ! »), généralement non sollicités.

Une pause

Pendant le temps des Fêtes de 2020, les personnes grosses auront droit à un break des « Mon doux, je ne devrais pas » de la cousine qui fait la moitié de leur poids qui a honte de son dessert. Des résolutions et autres laïus de perte de poids du soir du 31 décembre. Pas de « Si tu veux te faire un p’tit chum [ou une p’tite blonde], faudrait faire un effort, hein ? » avec un petit regard se voulant à la fois désapprobateur et malgré tout complice.

Que cela soit clair : la seule complicité qu’on démontre avec des commentaires pareils, c’est la complicité avec la culture de la diète.

Les émetteurs de ces messages au potentiel dévastateur pour les personnes grosses, mais aussi pour ceux et celles qui vivent avec un trouble du comportement alimentaire (TCA) ou de l’image corporelle, ne se rendront probablement pas compte d’avoir sauté une année. Mais sachez que quiconque à qui se destinaient ces remarques perdra clairement quelques kilos… de mal-être.

Que l’absence de ces mots pourrait éviter de dangereuses crises de trouble du comportement alimentaire.

Et je me permets de formuler ce vœu tout simple pour 2021 : celui de la bienveillance. Envers les autres. Même envers les personnes grosses. Je souhaite qu’il y ait un désir collectif de faire attention aux autres. De s’éduquer afin de comprendre pourquoi la culture de la diète et de la minceur sont aussi dommageables, peu importe la taille.

Ou, au minimum, d’avoir la décence de se taire quand vient le temps de commenter le corps des autres. Ou même le sien, particulièrement quand on a le privilège de la « non grosseur ».