Claude Codsi, Nadia El-Mabrouk et Marie Claude Girard
Rassemblement pour la laïcité

Les audiences du procès contre la Loi sur la laïcité de l’État (loi 21) viennent tout juste de se terminer, après une dernière attaque groupée des opposants à la loi. Les mêmes accusations de discrimination et de racisme, les mêmes fausses analogies avec la race ou le « véganisme » de MAzim Hussain, ont clos ces audiences.

Par ses interventions et ses questions, le juge Marc-André Blanchard semble avoir accordé du crédit à ces détournements de sens et à des interprétations hasardeuses à mille lieues de l’esprit de la loi. Voici nos réponses aux interventions du juge qui nous ont le plus interpellées.

Non, il ne s’agit pas d’une « catho-laïcité »

L’aspiration à la laïcité n’est pas née avec le voile des enseignantes apparu récemment au Québec. Bien au contraire, l’État québécois s’est engagé, depuis les années 60, dans des réformes pour un système d’éducation laïque permettant de mettre l’élève au centre de ses préoccupations, de déconfessionnaliser les commissions scolaires, de ne plus offrir d’enseignement religieux et de retirer les crucifix des murs des classes. La loi 21 s’inscrit dans ce parcours historique.

Non, la loi n’est pas discriminatoire, elle s’adresse à toutes les religions

Comme toute loi qui vise à encadrer des comportements, des pratiques, des codes professionnels, cette loi concerne une frange de la population plutôt qu’une autre. Dans ce cas-ci, il s’agit des personnes en position d’autorité qui portent des signes religieux dans l’exercice de leur fonction. La loi vise à interdire de telles pratiques. Elle concerne donc en particulier les enseignantes qui portent un signe religieux.

Cette restriction à l’expression religieuse est parfaitement justifiée par le fait que l’enseignant qui représente une figure d’autorité et un modèle pour le jeune, a un devoir de neutralité religieuse, tant dans les faits que dans les apparences.

Un enseignant ou une enseignante qui affiche un signe religieux conditionne l’enfant à accepter le message religieux véhiculé par ce signe et l’influence indûment, ce qui constitue une atteinte à sa liberté de conscience.

C’est bien parce que les signes ne sont pas neutres qu’on interdit dans les écoles l’affichage publicitaire ou l’expression des opinons politiques.

Par ailleurs, la loi 21 s’applique à tous de la même façon, autant aux femmes qu’aux hommes, autant aux musulmans qu’aux catholiques ou aux athées. Si certaines personnes ne se sentent pas libres de retirer leurs signes en raison d’obligations religieuses, si certaines femmes considèrent que leur religion leur impose de se couvrir les cheveux en présence d’un homme, alors c’est bien la religion qu’elles invoquent qui est discriminatoire, et non pas la loi.

D’ailleurs, dans le contexte actuel d’émergence de nouvelles religions et de sectes ayant chacune des signes et des exigences différentes, si la Loi est invalidée, tôt ou tard l’État se trouvera devant l’obligation d’imposer des limites et de trancher entre les différentes religions, ce qui constituera alors une réelle discrimination religieuse. Un État neutre, dans le contexte de pluralisme religieux qui est le nôtre, est seul garant d’un meilleur vivre ensemble pour les années à venir.

Non, ce n’est pas comme « interdire à un homme noir d’enseigner »

Tout d’abord, la loi n’interdit à personne d’enseigner. Chacun peut décider de retirer ses signes religieux ou pas. Si une personne fait le choix de les garder pendant ses heures de travail, alors elle fait le choix de ne pas exercer un métier dans le réseau public laïque.

Mais surtout, comme le disait MAlarie, l’avocat du Mouvement laïque québécois (MLQ), comparer race et religion, c’est comme comparer des pommes avec des oranges. Le signe religieux se porte et s’enlève, pas la couleur de la peau. Le signe religieux fait la promotion d’une croyance, c’est un discours religieux, pas la couleur de la peau. La couleur de la peau est une caractéristique physique de la personne, pas le signe religieux.

Non, il ne s’agit pas d’interdire les signes religieux à « un enseignant qui corrige ses copies à la maison »

Soyons sérieux ! Même si la loi ne le mentionne pas explicitement, l’esprit de la loi est clair. L’interdiction du port de signes religieux n’est pas une finalité en soi, mais un moyen ayant pour objectif de protéger la liberté de conscience de l’enfant, en évitant de l’exposer à un affichage religieux. Ainsi, les enseignants qui corrigent leurs copies à la maison n’ont pas de raison d’être soumis à l’interdiction de l’affichage religieux, pas plus qu’à celui de l’affichage politique. Les enseignants qui lisent ou préparent leurs cours non plus. Par contre, le cadre de la formation à distance, en présence virtuelle des élèves, l’exigerait.

Revenons à l’essentiel. Dans une société qui défend un enseignement laïque, l’intérêt de l’élève dont la personnalité est en construction doit primer. Il est inconcevable que l’arbitrage ultime du juge le mène à trancher en faveur de l’affichage religieux de l’enseignant ou de l’enseignante, au détriment de la liberté de conscience de l’enfant.

NOTE : Nous avons modifié la photo qui accompagnait originalement ce texte en raison d’une erreur sur la personne du juge Marc-André Blanchard. Nos excuses.